Alexandre Bogouslavski – Les Maîtres de l’illusion (2018)

Maitres0Mickael est un jeune escroc qui pense avoir monté le casse du siècle dans un casino de luxe. Mais alors qu’il est en train de réaliser des gains faramineux, un inconnu lui rafle la mise à l’aide d’un étrange pouvoir d’illusion, et lui-même se retrouve arrêté par la sécurité de l’établissement. On lui donne alors un délai très court pour retrouver et rembourser la somme qui a été volée.

Ne sachant que faire, Mickael écoute un de ses amis qui lui parle de personnes ayant chacune un talent particulier: l’un sait commander aux appareils électronique, l’autre sait déplacer les objets à distance, etc. Le jeune homme décide alors de les rassembler et d’organiser un vol dans un autre casino. Mais c’est sans compter sur son père, qui se livre à la même activité…

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Les Maîtres de l’illusion (en russe : За гранью реальности, Aux Frontières de la réalité), réalisé en 2018 par Alexandre Bogouslavski, est un film boiteux par tous ses aspects ou presque. On y retrouve en effet les mêmes défauts que dans Abigail, du même réalisateur, à savoir un scénario très léger et un direction d’acteur médiocre.

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Le scénario, ici, est linéaire, classique, sans la moindre surprise. Même l’idée de la rivalité entre le père, toujours absent mais tout puissant, et le fils, est banale. Et l’on a évidemment le droit à l’ordinaire et longue séquence de recrutement des associés, l’un après l’autre, permettant de bien présenter leurs pouvoirs. Tout ceci est déjà vu et revu.

La réalisation en elle-même est très correcte, les effets spéciaux sont soignés et l’on a le droit à quelques jolies scènes très agréables à l’œil. En revanche, tout comme dans Abigail, le plus gros problème reste les acteurs. Bogouslavski a voulu un casting international, avec Antonio Banderas, qui honnêtement, donne toujours l’impression de se demander ce qu’il fiche là tant il ne fait pas le moindre effort, et Miloš Biković. Tous deux, dans la version russe du film, ont été doublés. Mais pour la version internationale, tous les acteurs ont joué en anglais, et c’est une catastrophe: ils récitent, avec application certes, leur texte. Leur jeu n’a du coup absolument rien de naturel.

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Les Maîtres de l’illusion est disponible en France en DVD. Curieusement, en Russie, le film est sorti sous le seul nom d’Alexandre Bogouslavski, alors qu’à l’international on lui a associé comme co-réalisateur Francesco Cinquemani. Pourtant, il n’y a pas de différence de version. Y aurait-il eu un réalisateur fantôme (comme il y a des écrivains fantômes), crédité seulement à l’international?

Alexandre Roou – Vassilissa la Belle (1939)

Vassilissa0Dès l’époque de Staline, le cinéma soviétique s’est signalé par ses adaptations des contes populaires merveilleux. Une situation qui peut sembler paradoxale, puisque le fantastique était un genre quasi-inexistant que ce soit en littérature ou au cinéma, mais les contes, eux-mêmes, considérés comme l’expression du génie populaire, sont passés entre les mailles du filet.

Et l’un des grands maîtres du conte merveilleux russe au cinéma est Alexandre Roou. Vassilissa la Belle (Василиса Прекрасная), sorti en 1939, est son second long métrage.

Au milieu de la steppe, dans une masure en bois, vit un vieillard et ses trois fils, tous célibataires. Fatigué de devoir leur servir de bonne, le vieillard décide de les marier. Pour cela, chacun doit tirer une flèche, et épouser celle près de qui la flèche tombera. Ainsi, le premier doit épouser une fille noble, le second une fille de marchand, et Ivan, le cadet… une grenouille! Car sa flèche est tombée dans un étang, près d’une fleur de nénuphar.

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Toutefois, en l’absence des hommes, une belle jeune femme sort de la peau de grenouille. Jalouses, les deux autres brulent la peau, mais ainsi, Vassilissa – car il s’agit d’elle –, se retrouve sous l’emprise de Zmei Goronitch (Dragon de la Montagne), et enfermée sous la garde de Baba Yaga.

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Vassilissa la Belle est loin d’être un chef-d’œuvre. Comme beaucoup de films soviétiques de ce genre, il souffre d’un gros défaut: les acteurs, et en premier lieu Sergueï Stoliarov, habitué à ce genre de film, sont assez médiocres, et la pauvreté des dialogues ne les aide pas. Il en est un cependant qui sort du lot: Georgui Milliar dans le rôle… de Baba Yaga. Un rôle qu’il réendossera à plusieurs reprises durant les décennies suivantes.

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Aussi, si la première partie, qui se déroule à la ferme, est assez lourde et ennuyeuse, pour ne pas dire profondément misogyne, la seconde partie, en revanche, qui narre les aventures d’Ivan et la détention de Vassilissa, est remarquable. Le ton change du tout au tout: Vassilissa la Belle, jusque là film vaguement comique, devient un pur film d’aventures merveilleuses. Et un film particulièrement inventif. Le palais de Zmei Goronitch est exceptionnel du point de vue architectural. La scène de la confrontation d’Ivan avec une araignée géante qui lui pose des énigmes n’est pas sans rappeler la fameuse Arachne du Seigneur des Anneaux.

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Et puis il y a ce dragon tricéphale, certes encore maladroit, par rapport à celui qui apparaîtra dans Ilya Mouromets d’Alexandre Ptouchko, mais tellement fabuleux pour l’époque.

Le film est disponible en DVD chez Ruscico, avec des éditions allemande ou anglaise (mais chacune avec une version française). Les sous-titres sont de qualité. Il n’en est pas de même de l’image, qui n’a hélas fait l’objet d’aucune restauration, et est parfois assez médiocre.

 

 

 

Kristina Buožytė – Aurora (Vanishing Waves) – 2012

Aurora0Il a déjà été question sur ce blog de production ukrainiennes ou estoniennes, personne ne devra donc s’étonner s’il sera question maintenant d’un film de science-fiction lituanien sorti en 2012: nous restons dans le cadre de l’ex-espace soviétique.

Aurora, sorti sous le titre international de Vanishing Waves, est une coproduction lituano-belgo-française, deuxième long métrage de la réalisatrice Kristina Buožytė. C’est aussi, à priori, le premier film de science-fiction réalisé en Lituanie.

Lukas est un expert en neurosciences. Il participe à une collaboration internationale autour d’un prototype d’appareil visant à explorer l’inconscient des gens. La première expérience doit se faire sur une jeune femme plongée dans le comas. Le crâne rasé, équipé d’électrodes, il est plongé dans un sarcophage rempli d’eau et connecté à l’esprit de la patiente. Très vite, il va rencontrer des paysages étranges, des architectures curieuses.

Aurora1Lukas est aussi un trentenaire dont la vie sentimentale bat de l’aile. Et bientôt, au fil des expériences, il rencontre ce qu’il pense être l’esprit d’Aurora, la jeune femme. Un esprit troublé, empli de mystère. Un esprit sensuel, aussi.

Aurora2Perturbé, Lukas omet de rapporter cette rencontre à ses collègues, et va se laisser aller à approfondir ce contact avec Aurora, au point que l’on est amené à se demander qui est le vrai patient…

Étrange film que ce Vanishing Waves. Résolument moderne, il appartient cependant à un courant cinématographique qui est typiquement soviétique. L’empreinte d’Andreï Tarkovski sur la réalisatrice semble être immense. Lent, hypnotique, souvent silencieux, il berce le spectateur pour mieux le plonger, brusquement, dans les fantasmes et les angoisses de Lukas et d’Aurora.

Aurora4Cette mise en scène est elle-même servi par la magnifique musique du Suédois Peter von Poehl, qui délaisse ici la chanson pop pour offrir une sorte de croisement inattendu entre Jean Sibelius, Henryk Górecki et Arvo Pärt.

Sans être un chef-d’œuvre, Vanishing Waves est un beau film troublant et sensible. Malgré toutes ses qualités, il n’a semble-t-il même pas été diffusé en Lituanie-même, faute d’être assez commercial. À l’international, certaines éditions du DVD ont été publiées avec la mention « interdit au moins de 18 ans », interdiction bien excessive, mais qui n’a pas dû aider à faire connaître ce film.

Alexandre Bogouslavski – Abigail (2019)

AbigailDepuis plusieurs années, la ville est coupée du monde. Nul ne peut en sortir, et une redoutable police, formée d’officiers portant un masque de cuivre, traque inlassablement toute personne supposée porteuse d’une mystérieuse maladie. C’est ainsi que le père d’Abigail a disparu, alors qu’elle était encore une enfant. Dix ans plus tard, Abigail, devenue adulte, s’interroge: mais quelle est donc cette maladie, et pourquoi ne revoit-on plus jamais les malades?

Mais un jour qu’elle est confrontée à une descente de police, elle se rend compte qu’un des hommes masqués n’est autre qu’un des anciens assistants de son père… lequel pourrait bien être encore vivant.

 

kinopoisk.ruJ’ignore tout de la filmographie antérieure d’Alexandre Bogouslavski, mais il faut bien avouer en visionnant Abigail, qu’il est doué, non seulement avec une caméra, mais aussi dans la direction des effets spéciaux. Se plaçant dans un univers à l’esthétique steampunk, mais relevant en réalité de la fantasy urbaine, il est aussi original au niveau du scénario: ces deux genres sont en effet assez rares à l’écran.

kinopoisk.ruCe scénario a été régulièrement critiqué, en ligne, par certains considérant qu’il est sans queue ni tête. Il n’en est rien. Il est bien construit… mais limité.

En effet, Abigail nous montre ce qui n’est ni plus ni moins qu’une dictature. On y sent une critique du communisme, du fait que cette dictature voudrait mettre tout le monde sur un pied d’égalité, gommant toute personne ayant des capacités supérieures. Mais la critique reste vraiment superficiel, et au final, on se retrouve avec un film plutôt creux, plus destiné aux enfants et aux jeunes adolescents qu’aux adultes.

kinopoisk.ruUne note curieuse pour finir: lorsque l’on veut regarder le DVD français en version originale, on est au premier abord surpris d’entendre… de l’anglais! Sur le coup, on peut croire à un nouveau travail de salopard, comme on en a vu tant avec les éditions françaises de films russes. Mais il n’en est rien: le film a réellement été tourné en anglais. Et l’on se demande bien pourquoi, car au final, si les acteurs sont plutôt bons, on sent que l’anglais n’est pas leur langue maternelle, et qu’ils s’appliquent à bien la prononcer, ce qui donne un jeu assez peu naturel.

Mieux que les humains (2018-2019)

Better0Rares sont les séries russes de science-fiction à bénéficier d’une diffusion sur le marché international. Nous avons vu récemment le cas de Dark World, par exemple. Mais cette année, c’est une série toute récente qui a pu être diffusée sur Netflix: Mieux que les humains (Лучше, чем люди, 2018-2019), sous le titre très slave de Better than us.

Dans un futur très proche, Viktor Toropov, dirigeant de la toute puissante société Cronos se fait livrer de Chine un modèle expérimental d’androïde, nommé Arissa. Mais à peine celle-ci est activée qu’elle tue un agent de sécurité qui tentait d’abuser d’elle. Igor Maslovski, le principal ingénieur de Cronos, découvre qu’une partie des données liées à l’androïde ont été altérées: elle a déjà commis un premier meurtre, au sein du laboratoire qui l’a construite, laboratoire qui depuis a fermé.

Qu’à cela ne tienne: Cronos, qui commercialise des androïdes de tous types, va se lancer dans le défi de commercialiser ce nouveau modèle révolutionnaire. Car Arissa dispose de facultés inédites: l’empathie, et un minimum de libre arbitre. Mais justement, Arissa s’est échappée et a trouvé refuge auprès de Sonia, la petite fille de Gueorgui Safronov et d’Alla, son ex-femme, maintenant remariée à un ingénieur qui doit partir pour l’Australie.

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L’intérêt de cette série se trouve en premier lieu dans son contexte: un futur proche dans lequel l’usage d’androïdes s’est généralisé. De la même manière que les smartphones sont devenus de nos jours les béquilles de notre vie sociale, ici les androïdes remplissent des tâches multiples, de simples porteurs de brancards pour les moins sophistiqués, à aides à domicile pour personnes âgées, en passant évidemment par tout ce qui concerne le sexe. Les extrapolations technologiques proposées par la série sont ici remarquables: tous les objets visibles, des ordinateurs sans écran aux moyens de communication tels que des bracelets remplaçant les téléphones, des hologrammes aux drones, rien de ce qui est présenté n’existe vraiment, mais tout y est vraisemblable et attendu dans un futur proche. Le travail de mise en contexte réalisé par la production est en tout point remarquable.

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Les personnages, aussi, sont remarquables: Gueorgui, grand chirurgien déchu, devenu médecin légiste dans une morgue, son ex-femme Alla, qui ne sait plus trop où elle en est, leurs deux enfants, l’adorable Sonia, et Egor, l’adolescent rebelle. Un rebelle qui justement s’en va rejoindre par hasard un groupuscule, les Liquidateurs, luttant contre l’invasion d’androïde, en organisant de spectaculaires lynchages de robots. Et bien entendu Arissa elle-même, l’androïde, qui bénéficie d’une prouesse d’actrice de la part de Paulina Andreeva.

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Jamais, durant toute la série, Arissa ne sera humaine. D’ordinaire, dans ce type d’histoire, les androïdes acquièrent très vite des capacités cérébrales, un intellect de type humain. Ici, ce n’est pas le cas. Arissa est une forme évoluée de robot dont le type le plus courant relève du mannequin équipé d’un équivalent Siri, la fameuse application d’Apple. Autant dire qu’il ne faut pas s’attendre à une grande intelligence de la part de ces machines.

Arissa, elle, est cependant dotée de la capacité d’apprendre, et pour cela, elle copie les humains, sans jamais vraiment se rapprocher d’eux. À ce titre, en bonne créature de Frankenstein, elle fait aussi peur qu’elle suscite l’espoir.

Ces personnages évoluent au cœur d’une intrigue policière et politique bien ficelée et pleine de rebondissements. Et l’on distinguera au fil de l’histoire quelques clins d’œil telles que les lectures de Gleb, l’homme de main de Cronos, qui enchaîne le Blade Runner de Philip K. Dick, avec le 1984 de George Orwell. Le générique lui-même est un hommage appuyé aux séquences d’introduction des deux Ghost in the Shell, de Mamoru Oshii, dont il reprend certaines idées visuelles.

Tout cela pour dire que Mieux que les humains propose une science-fiction crédible et intelligente, ce qui est fort rare à l’écran.

Chose tout aussi rare donc, cette série russe est disponible sur Netflix. Mais attention. On savait la chaîne peu soucieuse de la qualité de ses traductions: nous avons pu procéder à quelques sondages dans les sous-titres anglais, et cela va du correct au franchement médiocre. Un exemple: un juron russe courant est tvoju mat’!, ce qui se traduit mot à mot par « ta mère! », mais qui devrait se traduire en anglais par « damned it« , ou tout simplement « fuck« . En français, on attendrait « putain » ou « bordel ». Or dans les sous-titres, on peut admirer un magnifique « your mother! » Et il se trouve que la traduction française de la série a été confié à quelqu’un… qui ne maîtrise que l’anglais. Une fois encore! Nous ne doutons donc pas que les personnages vont régulièrement lancer des « ta mère! » pour jurer…

 

 

 

Irina Povolotskaya – La Fleur écarlate (1978)

ScarlettLe cinéma soviétique n’a jamais rechigné à porter à l’écran les contes merveilleux issus du folklore russe. Des réalisateurs tels qu’Alexandre Roou ou Alexandre Ptouchki sont devenus célèbres en exploitant cette veine. La Fleur écarlate (Аленький цветочек, 1978) d’Irina Povolotskaya est moins connu sous nos contrées. Il s’agit de l’adaptation d’un conte fameux de Sergueï Aksakov, lui même étant une version russe du conte-type « La Belle et la bête ».

Un marchand vit dans un village avec ses trois grandes filles. Alors qu’il doit partir pour un nouveau voyage, ses deux aînées lui demande de revenir avec des objets précieux. La cadette, sa préférée, ne lui demande qu’une fleur écarlate. Perplexe, l’homme s’en va. Et en chemin, il trouve successivement, sans rien faire, le bijou et le miroir précieux, mais de la fleur écarlate, il n’aperçoit que l’éclat.

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Il abandonne ses marchandises, traverse en barque un lac, et se retrouve dans un étrange manoir, qui au premier abord, semble abandonné, mais qui est toujours habité par une étrange châtelaine sortie d’un antique portrait et son serviteur. Et dans le parc, une créature monstrueuse erre. Or c’est elle qui possède la fleur écarlate. Puni pour l’avoir cueillie, le marchand obtient cependant le droit de retourner brièvement au village. Là, sa fille, qui a le don de commander aux animaux, parvient à prendre sa place et à se rendre au manoir, où elle apprendra à connaître le monstre.

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Étrange film que celui-ci. Réalisé sans grands moyens, il est supposé être un film pour enfants, et se révèle pour le moins inquiétant, voire angoissant. La faute – si l’on peut dire – en est d’abord à la musique, signée Edisson Denissov, tout en violons discordants. Mais aussi à une réalisation curieuse, qui joue sur l’étrangeté des couleurs.

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En effet, lorsque les personnages parviennent aux abords et dans le manoir, tout devient gris et orange. Une étrangeté chromatique dont jouera aussi Andreï Tarkovski dans Stalker, un film dont les couleurs ne deviennent naturelles que lorsque ses personnages pénètrent dans la zone. Bien plus tard, le Japonais Mamoru Oshii reprendra cette idée Avalon.

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Le manoir et ses habitants lui-même sont étranges. Ils semblent clairement hors du temps. Le style du costume des acteurs, du mobilier, varie du XVIIe au XIXe siècle. Un choix bien évidemment volontaire qui ajoute à l’étrangeté du film. Un film qui est d’ailleurs loin d’être parfait. Le monstre, un acteur couvert de mousse et de fougère, est ridicule. Les acteurs secondaires interprétant les villageois semblent s’ennuyer à mourir: ils sont plantés là, à chanter sottement, sans rien faire. Heureusement, il n’en est pas de même des acteurs principaux, excellents.

Au final, La Fleur écarlate est un film boiteux, imparfait. Mais il reste une expérience visuelle surprenante.

Il a été édité en DVD par RUSCICO, et si la jaquette est en anglais, on y trouve bien une version et des sous-titres français.

 

 

 

Alexandre Gintsburg – L’Hyperboloïde de l’ingénieur Garine (1965)

Garine01925. Deux agents russes s’efforcent de rattraper un ingénieur, Garine, qui aurait inventé un extraordinaire rayon, capable de percer les matériaux les plus résistants. Mais Garine leur échappe, à l’aide de mystérieux doubles, et s’enfuie d’abord en France, où il rejoint un collègue, Victor Lenoir, qui lui vient en aide. Plus tard, plus ou moins avec le soutien de la belle Zoia Monrose, Garine parvient à convaincre le milliardaire américain Rolling à financer ses travaux.

Car l’objectif de Garine va au-delà de la création de son «hyperboloïde». À l’aide de son invention, il compte percer la croûte terrestre et atteindre une couche du manteau supposée riche en or. Ainsi deviendrait-il le maître du monde.

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L’Hyperboloïde de l’ingénieur Garine, d’Alexandre Gintsburg (1965), est l’adaptation du célèbre roman éponyme d’Alexeï Tolstoï. Nous voilà donc plongés dans l’ambiance des années 1920, avec un film qui, tout comme Miss Mend, relève de ce qu’on a appelé le «Pinkerton rouge»: des récits d’aventures relevant de l’espionnage, en URSS, et souvent basés sur une invention fabuleuse. À ce titre, le roman de Tolstoï est le parfait exemple de ce genre.

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On retrouve donc un ingénieur, ici maléfique (superbement interprété par Evguéni Evstigneev), des financiers sans scrupules, une belle venimeuse (Natalia Klimova, dont cependant ici le rôle se cantonne un peu trop à celui d’un faire-valoir), et de valeureux agents soviétiques qui vont tout faire pour empêcher le monde de sombrer dans le chaos, alors que même que la flotte américaine est décimée par le rayon de la mort.

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Alexandre Gintsburg avait ici tout pour faire un bon film: d’excellents acteurs, une réalisation soignée, riches en détails permettant de bien se mettre dans l’ambiance des années 1920, de gros moyens technique pour les décors… Tout au plus lui reprochera-t-on une image un peu sombre d’autant plus qu’elle est en noir et blanc.

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Malheureusement, le film pèche par son scénario. Tout le début est confus, et implique que le connaisse déjà le roman. Cependant, une fois que l’on a réussi à reconstituer le fil de l’intrigue, on ne peut que savourer ce film délicieusement suranné, qui aurait presque pu être tourné en muet tant la plongée dans l’époque de l’action est parfaite.

L’Hyperboloïde de l’ingénieur Garine a été édité en DVD par Ruscico, malheureusement uniquement avec des sous-titres en anglais. Il n’existe pas, à ma connaissance, de version française.