Djanik Faiziev et Ivan Chourkhovetski – La Légende de Kolovrat (2017)

Furious0Ne chercher pas le titre de ce film en français: vous ne le trouverez pas. Les droits internationaux ayant été d’abord vendu aux USA, il est sorti là-bas sous le titre crétin de Furious, et bien évidemment, la version française ayant été une fois encore traduite de l’anglais, c’est aussi sous ce titre qu’il est paru directement en DVD en France.

Mais pour ma part, je garderai La Légende de Kolovrat, car cela a son importance.

Le XIIIe siècle. Un adolescent rêve de devenir un soldat. Il interpelle un voïvode pour lui montrer ses talents avec deux bâtons. Mais juste à ce moment-là, une troupe de Mongols attaque. La fille du voïvode parvient à s’échapper, tandis que l’adolescent, Evpati Kolovrat, reçoit un coup à la tête et est laissé pour mort.

13 ans plus tard. Kolovrat a épousé la fille du voïvode. Il est lui-même devenu capitaine des gardes du prince de Riazan. Pourtant, il est handicapé: le coup qu’il a reçu à la tête l’a rendu périodiquement amnésique. Chaque matin, il se réveille en croyant être attaqué par les Mongols. Et il a oublié tout ce qu’il a vécu les treize dernières années. Mais sa femme l’aide, patiemment. Lui-même tient un journal, pour se remémorer le plus rapidement possible le passé. Et ça fonctionne, malgré quelques bourdes qui le font passer pour un lunatique.

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Mais voilà que le grand khan Batu arrive près de Riazan avec une armée immense, à laquelle la ville ne pourra résister. Le prince envoie son fils en ambassade. Mais sachant celui-ci instable, il le fait accompagner par Kolovrat, qui lui-même est suivi par un ami et une servante qui aura la charge de le réveiller le matin et lui faire revenir sa mémoire.

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Hélas, l’ambassade se passe très mal, la petite troupe est contrainte de fuir loin de la ville, laquelle est rasée par les Mongols. Kolovrat, qui a perdu sa femme et ses enfants, rassemble les quelques survivants et se met en tête de retarder autant que possible la horde, le temps que les autres villes de la Rus’ réunissent leurs forces pour lui faire face.

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Voilà un film qui a été régulièrement comparé à 300, fameux film de Zack Snyder. Mais on aurait tort de s’arrêter à ça, car pour qui connaît l’histoire russe, les ressemblances ne sont que fortuites. La Légende de Kolovrat, en effet, adapte, certes de façon très libre, un vieux récit médiéval, connu par des copies tardives: le Récit sur la destruction de Riazan. Même certains éléments qu’on peut penser exagérer, à la fin du film, se trouvent réellement dans le récit de base.

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On pardonnera alors à ce film ses élans de patriotisme: après tout, c’est exactement ce que l’on trouvait déjà dans le Ilya Mouromets d’Alexandre Ptouchko il y a plus de cinquante ans. Nous avons affaire à une épopée, avec des héros qui défendent une juste cause.

La réalisation ici est diablement efficace. Djanik Faiziev et son compère ont certes un peu tendance à abuser du ralenti, mais cela reste esthétique. On pourra cependant critiquer les effets numériques concernant les paysages: l’ensemble fait souvent très artificiel. Mais les acteurs, vêtus de costumes magnifiques, rattrapent cela sans trop de difficulté.

La Légende de Kolovrat s’avère au final un film tout à fait plaisant, de grand spectacle, qui n’a pas la prétention d’être un chef-d’œuvre, mais fournit son lot d’aventure et de passion.

 

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Sarik Andreassian – Les Gardiens (2017)

Gardiens0J’avais plutôt bien aimé un précédent film de Sarik Andreassian (Andreasyan sur les DVD soit-disant français, mais systématiquement traduits de l’anglais), aussi me suis-je tourné sans trop de craintes vers Les Gardiens (Guardians sur les DVD soit-disant français, mais systématiquement traduits de l’anglais – bis), un film sorti en 2017 en Russie et édité directement en DVD à peine quelques mois plus tard en France, où il a été présenté comme un genre de Marvel russe, un blockbuster avec des superhéros.

Il y a quarante ans, en URSS, deux savants ont menés des expériences ultra-secrètes. L’un, Kouratov, tâchait de permettre à l’homme de contrôler mentalement n’importe quel machine. Mais ce fut un échec, aussi tenta-t-il de voler les travaux de l’autre, un généticien qui s’est efforcé avec succès de créer des surhommes. Mais son action fut découverte, et le laboratoire pris d’assaut. Lors d’une explosion, Kouratov fut grièvement blessé, irradié, mais il parvint à s’enfuir en emportant les travaux de recherche. Il disparut ainsi durant des décennies.

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Le super-vilain-bouh-pas beau

Bien des années plus tard, l’armée teste de nouveaux robots de combat. Mais ceux-ci échappent subitement à tout contrôle et tuent leurs créateurs. Kouratov est de retour, et il n’est pas content. La solution? Recréer l’équipe du projet secret soviétique, nommé Patriot, et rassembler les cobayes humains des expériences de génétique. Car ceux-ci sont devenus quasi-immortels, et ont développé des super-pouvoirs. L’un contrôle les pierres, l’autre peut se transformer en ours colossal, un troisième est rapide comme l’éclair et peut trancher quelqu’un en deux le temps d’un claquement de doigt, enfin une quatrième peut se rendre invisible au contact de l’eau.

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Remarquez que l’équipe de Patriot a un sens inné de l’esthétique:
même à l’armée on ne pose pas comme ça

L’histoire, en elle-même, n’est guère originale. Rien que le principe de la création du surhomme soviétique, l’Homo sovieticus, qui était au coeur d’un roman de Dmitri Bykov, La Justification (paru chez Denoël il y a quelques années et absolument remarquable). Mais il y a bien pire: cette histoire n’est qu’un décalque de ce qu’on a déjà pu voir cent fois, mille fois, dans les comics et les films qui les adaptent, avec ces vaillants héros costumés qui affrontent un super-méchant de la mort qui tue, détruisant, comme il se doit, toute la ville au passage (combien de fois les héros américains ont-ils rasés les USA dans leurs batailles?).

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« Je viens de buter un super-méchant, j’ai le droit de prendre la pose,
même si personne ne me regarde ».

Andreassian, qui avait livré quelques scènes visuellement intéressantes dans Survival Game, confond ici effet spéciaux et mise en scène. Tout est figé, caricatural, poseur. Les acteurs sont inexistants, et on les comprend! Il suffit de les voir sur fond vert pour saisir le ridicule de leurs rôles. On notera aussi que celui qui peut se transformer en ours souffre du complexe de Hulk. En se transformant, il grossit, et donc déchire son t-shirt, mais pas son pantalon, indestructible. Mieux: quand la transformation est totale, il est entièrement ours, donc nu, mais lorsqu’il redevient humain, il retrouve comme par miracle son pantalon. On va dire qu’il était caché sous les poils.

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« C’est économique: avec le même décors et les mêmes personnages,
on a tourné un épisode de l’Île aux enfants! »

Bref, c’est mauvais, très mauvais. Et comme d’habitude, donc, c’est traduit de l’anglais, et non du russe, mais on s’en fiche: les dialogues sont si plats qu’il est difficile d’y commettre des contresens lors de la traduction.

Oleg Assadouline – Dark World (2014)

Temny0Il y a déjà fort longtemps, il a été question ici d’un film sorti en France sous le titre de Dark Fantasy (en réalité: Le Monde sombre, Тёмный мир). En 2013, ce film a fait l’objet d’une suite, ou plutôt d’une séquelle, qui se place dans le même univers: Le Monde sombre: l’équilibre (Тёмный мир: Равновесие), lequel film a été développé en 2014 sous la forme d’une mini-série de 12 épisodes dirigés par Oleg Assadouline et scénarisée par Marina et Sergueï Diatchenko.

Or, il se trouve que cette mini-série a été diffusée en France et en Belgique sur des chaînes câblées… mais nous ne le savions pas, car c’était sous le titre de Dark World: Equilibrium (ce qui encore est assez respectueux, même si c’est en anglais), ou bien de Nox: Les gardiens de la lumière (ahem).

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Nous sommes à Moscou, de nos jours, et plus précisément à l’université. Dacha est une jeune étudiante (visiblement en sciences de la terre). Elle suit des cours de conduite, mais voilà que le moniteur lui révèle, à la suite d’un incident étrange, qu’elle est initiée. Elle rejoint alors une petite équipe de drôles de personnages qui passent leur temps à rôder autour de l’université: Lisa, une magicienne combattante, Gricha, son mari, capable d’ouvrir des portails à l’aide d’une bombe aérosol, Pipl, un hurluberlu à l’odorant surdéveloppé, et enfin Alexeï, le geek de service, né mille ans plus tôt. Leur rôle? Capturer des ombres, des esprits maléfiques qui aspirent l’énergie vitale de leurs victimes et qui tournent autour de l’université, car juste en-dessous se trouve un portail dont elles sont issues. Ce même portail est gardé par le moniteur, et trois hommes perpétuellement en train de jouer aux dominos: les trois ouvriers qui l’ont découvert accidentellement en 1948 et maintenant condamnés à le surveiller.

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Petit à petit, Dacha va tâcher de prendre ses marques au sein de cette équipe, tout en maintenant sa vie sociale. Car il y a Sem, l’excentrique gosse de riche, qui en pince tout de suite pour elle, et Micha, un beau garçon en couple avec une pimbêche pénible.

À la lecture de ce très bref synopsis, on aura vite fait le rapport avec la fameuse série américaine Buffy contre les vampires… et on aura raison. Le portail contre la bouche de l’Enfer, les ombres contre les vampires, la petite équipe hétéroclite pour surveiller tout cela… et bien sûr un grand méchant qui va s’efforcer d’ouvrir le portail.

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Mais il ne s’agit cependant pas d’une copie servile. Le propos de cette série est résolument moderne, et l’équipe de chasseurs d’ombres (« le service de livraison ») est ancrée dans son temps: ce sont leurs adversaires qui usent de formules magiques et de vieux grimoires. Eux ont leurs dons, certes, mais surtout leurs smartphones.

Ajoutons à cela que la réalisation est soignée, et même s’il est question d’ombres, les couleurs sont très vives. Assadouline fait souvent preuve d’inventivité pour mettre en œuvre les dons de ses héros. Les acteurs sont convaincants. Ils incarnant des personnages sympathiques qui sont peut-être des héros, mais des héros qui doutent, notamment lorsqu’ils doivent renvoyer des créatures à l’apparence tout-à-faire humaine à travers le portail, lors de ce qui ressemble fort à une exécution sommaire

De plus la série à le mérite d’être très courte, ce qui lui évite de s’essouffler comme tant d’autres. On passe donc un très bon moment…

… sous réserve de ne pas la voir en français!

Oui, il fallait bien un bémol. Car lors de la diffusion en France, quelqu’un a eu l’extraordinaire idée de changer les prénoms de l’ensemble des personnages et de les remplacer par des prénoms français (au mieux) ou américains (au pire). Dacha devient Laure, Micha devient Matt, Gricha devient Mike, ou encore Sem devient Bruce! Ah, ce charme des prénoms slaves! Et tout cela en gardant leurs noms de familles russes.

Existe-t-il un seul Russe au monde prénommé Bruce?

Encore une fois, une œuvre de genre (SF, fantasy, etc.) russe a été massacrée à la traduction, et ça commence à bien faire. Et malheureusement, il n’existe pas encore de DVD avec sous-titres.

Notons qu’une saison 2 est annoncée.

Youri Kovalev – Forteresse (2017)

Forteresse0Le film dont il va être question ici est ukrainien. Alors tant pis si ce blog s’appelle Russkaya Fantastika, mais après, s’il y est question de cinéma soviétique, il doit bien pouvoir être possible d’y parler aussi du cinéma des ex-républiques soviétiques. Il sera d’ailleurs question dans les semaines à venir d’un film lituanien.

Mais pour l’instant, parlons donc de Forteresse (Сторожова застава, Le Corps de garde), de Youri Kovalev (crédité Yuriy Kovaliov, à l’anglaise, dans l’édition française).

Il s’agit là de l’adaptation d’un roman de Volodymyr Routkivski, totalement inconnu sous nos cieux, mais écrivain connu pour la jeunesse en Ukraine. L’histoire en elle-même se base sur une trame maintenant banale: un adolescent, victime dans son enfance d’un accident de la route et qui depuis ne supporte plus de se retrouver en hauteur – cela va au-delà d’un simple vertige –, accepte d’accompagner cependant sa classe lors d’une sortie en montagne pour aller observer une éclipse solaire. Mais alors qu’il se trouve séparé du groupe avec un camarade, il tombe dans un trou qui le propulse… mille ans dans le passé.

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Ce passé n’est pas à proprement parler un passé historique, puisqu’il tombe non loin d’un poste de garde occupé par des soldats de la Rus’ faisant face aux envahisseurs polovtses. Ces soldats ne sont pas n’importe qui, puisqu’ils ont à leur tête les fameux Ilya Mouromets, Dobrynia Nikititch et Aliocha… pardon Olechka, Popovitch, les trois puissants bogatyrs de Kiev.

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Face à eux, un khan polovtse et sa horde, aidé d’un puissant chaman. Or en cherchant un moyen de retourner chez lui, en son temps, Vitko, le héros, va découvrir la pierre de Perun, un artefact qui attirera la convoitise du chaman.

Avec Forteresse, nous avons donc clairement affaire à un récit du même type que Narnia, ou que L’Histoire sans fin. Un garçon de notre temps, projeté dans un monde de magie, va se retrouver au coeur d’un conflit dont il sera la clé. Mais plutôt que d’inventer un monde imaginaire, le cadre choisi ici est la Rus’ de Kiev, telle qu’elle est retranscrite dans les récits folkloriques russes, biélorusses, et bien sûr ukrainien, puisqu’il s’agit là d’un folklore commun à ces trois nations.

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On se retrouve donc face à une histoire plutôt banale, au déroulement convenu. Cependant, il faut noter qu’il s’agit d’un film destiné aux enfants et aux jeunes adolescents. Et à ce titre, il remplit parfaitement bien son office. On nous épargne ainsi d’inutile plans gore lors des combats, et si les acteurs cabotinent parfois, cela reste tout à fait raisonnable.

La réalisation est tout à faire remarquable, d’autant plus qu’il s’agit du premier long-métrage de Kovalev. Alors même que le budget était ridiculement petit pour un film de fantasy (moins de 1,5 millions d’euros!), décors et costumes tiennent la route, et les effets numériques sont spectaculaires – notamment pour ce qui concerne le golem suscité par le chaman.

Sans être un grand film, Forteresse s’avère donc tout à fait sympathique. Il est disponible en France en DVD, avec version française et version ukrainienne (et non russe comme indiqué sur le boîtier!) sous-titrée.

 

Gueorgui Daniela – Kin-dza-dza! (1986)

kinopoisk.ruLe 4 avril dernier, le réalisateur géorgien Gueorgui Daniela est décédé. Fort peu connu en Occident, il est pourtant un artiste reconnu du monde du cinéma soviétique, notamment pour sa comédie Mimino (1977), mais aussi pour son film de science-fiction Kin-dza-dza! (1986). Ce dernier est d’ailleurs un phénomène culturel de l’URSS finissante: plus de 15 millions de personnes l’ont alors vu en salle.

Moscou. Un ingénieur en BTP rentre chez lui après une journée de travail ordinaire, mais sa femme l’envoie faire quelques courses. En chemin, il est abordé par un jeune étudiant géorgien, une immense chapka sur la tête et un étui à violon en main. Celui-ci lui montre un clochard qui prétend être un extraterrestre, qui s’est égaré sur la Terre. Ce clochard exhibe pour preuve un drôle d’appareil, lequel permettrait de voyager dans l’espace, sous réserve de disposer des bonnes coordonnées. Mais voilà, l’ingénieur n’y croit pas, appuie au hasard sur les boutons, et instantanément lui et l’étudiant se retrouvent seuls, environnés d’un paysage qui n’est que dunes et sable.

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Mais voilà qu’arrive un étrange engin volant, sorte de bidon surmonté d’une minuscule hélice. Il en sort deux individus crasseux, aussi loqueteux que l’était le clochard, et qui se mettent à faire des courbettes en s’écriant: « Kou! »

kin1Comme la communication ne s’établie pas, ils repartent, laissant les deux soviétiques dans le désert. L’ingénieur sort alors une allumette, pour fumer… et voilà que l’engin volant revient à toute vitesse!

L’ingénieur et l’étudiant sont sur la planète Plouk, de la galaxie Kin-dza-dza, et sur ce monde désertique, les allumettes valent plus que tout. Totalement ahuris, nos deux héros vont se laisser bercer par les événements, découvrant bientôt que les habitants de ce monde sont télépathes, mais aussi profondément racistes, même si la seule différence entre les individus est la couleur émise par un scanner: rouge, vous faites partie de la classe supérieure, verte, vous êtes un esclave. Les deux soviétiques, n’appartenant pas à ce monde, se retrouvent esclaves, et on leur donne pour les distinguer un bijou orné d’une petite clochette, à s’accrocher au nez.

kinopoisk.ruPlaçant leur espoirs en leurs premiers contacts, ils vont aussi rapidement déchanter: ici, point de solidarité. La basse classe craint la haute classe, qui elle-même craint les policiers (baptisés etselop), eux-mêmes étant soumis au pouvoir de M. PG, le dictateur local.

Si ces gens sont humanoïdes, leur société, leurs codes, sont profondément différents des nôtres, et si leurs gestes, leurs paroles, peuvent sembler ridicules au premier abord, gare si on ne se conforme pas aux usages: la condamnation consiste en rester enfermer des jours dans une boîte en fer blanc plus ou moins garnie de clous à l’intérieur. Ici, tout s’achète, tout se vend, et tout peut se voler (si l’on parvient ensuite à échapper aux etselops). Mais quand on n’a rien, il ne reste plus qu’à mendier, ce que font en chantant nos deux héros, qui se retrouvent alors face à un public pour le moins restreint et exigeant:

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Sous ses dehors bouffons et absurdes, Kin-dza-dza! nous présente malgré tout une dystopie particulièrement cruelle, un monde dont l’écologie a été volontairement ravagée, et qui n’est plus que sable et carcasses métalliques abandonnées. Les gens vivent sous terre, et sont soumis à un régime politique dur. Les deux héros, élevés au dogme de la solidarité et de l’amitié entre les peuples, se retrouvent profondément choqués, et à moment même au bord du suicide, faute d’avoir le moindre espoir de se sortir de ce cauchemar burlesque.

Scindé en deux parties durant en tout 2h15, Kin-dza-dza est un film hors normes, lent, poétique, et en même temps drôle et philosophique, servi par une réalisation soignée et des acteurs formidables. Un chef-d’œuvre!

Les éditions RUSCICO l’ont édité en DVD avec des sous-titres en français et en anglais: il est donc aisé à trouver.

Andreï Volguine –Danser jusqu’à la mort (2017)

Arena-0Le postulat de Danser jusqu’à la mort d’Andreï Volguine, est simple: dans un avenir plus ou moins proche, le monde a été ravagé par une guerre nucléaire. Quelques poches d’humanité survivent tant bien que mal dans un univers pollué, notamment dans une grande ville, quasiment intégralement détruite, mais où une petite population se maintient autour d’un gigantesque bunker.

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Une sorte de religion imprègne cette société : la terre se serait révoltée et lance régulièrement des éruptions mortelles vers la surface. Pour la calmer, il faut sacrifier des gens, tout en récoltant leur énergie que l’on offre à la planète. On organise donc des tournois axés non pas sur un combat… mais sur une danse ! Les candidats sont pour une minorité des volontaires fanatisés, persuadés de s’offrir à la terre, et pour l’essentiel des gens raflés dans la rue. Kostia est de ceux-là. Mais dans le groupe qu’il rejoint, se trouve une volontaire, Ania, qui pourtant a grandi au sein du bunker, l’endroit que le gagnant du tournoi intégrera après sa victoire.

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On n’en finit plus depuis 1999 et la parution au Japon du roman Battle Royale, de Kōshun Takami, de répéter à l’envie le même concept : dans une société plus ou moins totalitaire, un groupe de jeunes gens doit se battre à mort, sous l’oeil des caméras, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Il y a eu bien entendu le film du même nom, de Kinji Fukasaku, en 2000. Puis les fameux Hunger Games, avec d’accord la trilogie de Suzanne Collins, suivie des films. Et plein d’autres. En Russie-même, il y a eu Survival Game, de Sarik Andreasyan, quoiqu’adapté d’un jeu de société bien plus ancien.

Alors donc un de plus… Et avec ce postulat étrange de la danse au lieu du combat. Que vaut-il donc ?

C’est un film visuellement spectaculaire. Un soin particulier a été apporté aux décors et aux costumes. Les acteurs ne sont pas mauvais, si l’on fait exception de celui qui joue le ridicule DJ sado-maso qui rythme le tournois. La musique en revanche est horrible : une minute trente de mauvais mix façon Nine Inch Nails.

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Et voilà, le scénario est cousu de fil blanc. On se doute bien que le but avoué de l’Arène, servie par des fanatiques, n’est pas ce qu’il semble être, qu’il y a un complot, un truc qu’il faut cacher. Dès le départ, c’est évident. Et lorsqu’on entame le dernier tiers, on s’enfonce dans le grotesque jusqu’à parvenir à un final absolument lamentable.

Que pensez alors du fait que ce film a été financièrement soutenu par le Ministère de la Culture de la Fédération de Russie ? Quitte à dépenser de l’argent dans un film de science-fiction (ce qui est évidemment une bonne chose), n’aurait-il pas fallu au passage en prélever une part pour payer un bon scénariste ?

Ce film est sorti en français en DVD, comme habitude hélas sous un titre anglais : The Arena.

Grigori Komarov – L’Auberge de l’Alpiniste mort (1979)

HotelL’Auberge de l’Alpiniste mort (Отель «У погибшего альпиниста») des frères Strougatski est un petit bijou de satire et d’absurde, mêlant polar et SF. Traduit en 1988 en français par Antoine Volodine, il n’a malheureusement jamais été réédité. Il y a cependant eu depuis un jeu vidéo, Le Pic rouge, chez Akella, en 2008, un jeu visuellement sympathique, mais ennuyeux au possible. Totalement méconnu dans notre pays, le roman a cependant connu quatre adaptation à l’écran, dont une de la part d’amateurs en Russie en 2012. Deux autres adaptations sont polonaises, en 1976 et 1993. Enfin, la plus connue (en Russie du moins), est celle de Grigori Komarov, sortie en 1979 et produite par les studios Tallinn Films en Estonie.

Le scénario est signé par les frères Strougatski eux-mêmes, et il est particulièrement fidèle au roman. Un inspecteur de police, Glebski, arrive dans un hôtel de haute montagne, ici visiblement en Suisse francophone. Il y découvre tout un groupe de vacanciers plus ou moins étranges, servis par un gérant débonnaire, son employée, et un chien, un énorme Saint-Bernard nommé Lel et curieusement aussi intelligent qu’un humain. Mais voilà qu’un jour, un de ses vacanciers semble avoir été tué, et Glebski va devoir endosser le rôle de l’enquêteur, ce qui sera l’occasion de découvrir plus en détail ces étranges vacanciers.

On se gardera bien évidemment de dévoiler ici la chute de cette histoire, tout au plus dira-t-on qu’elle est, on l’a dit, fidèle au roman. Le scénario est bien troussé, peut-être aurait-il fallu que le film soit un tout petit peu plus long pour être plus clair. On notera aussi que ce scénario gomme certains aspects du roman qui auraient pu passer pour scandaleux. Ainsi l’adolescent(e) Brun, lourdement dragué(e) par Glebski lors d’une soirée d’ivresse, est dans le roman un personnage androgyne dont on ne connaîtra jamais le sexe : dans le film, elle est une jeune femme tout ce qu’il y a de plus normale.

L’Auberge de l’Alpiniste mort aurait donc pu être un bon film… sauf que la réalisation n’est clairement pas à la hauteur. Doté des moyens d’un simple téléfilm, Komarov offre à voir un film sombre, glauque, moche à souhait, à tel point qu’il est impossible de présenter ici des captures d’écran présentables. Le jeu des acteurs, correct mais sans plus, est totalement desservi par des cadrages qui semblent avoir été réalisés au petit bonheur la chance. Bref, ce film est laid. Il n’y a pas d’autre mot.

Le seul élément qui puisse le sauver est toutefois la musique, signée du formidable compositeur estonien Sven Grünberg, qui s’avère ici au niveau d’un Edouard Artemiev ou d’un Vangelis en grande forme : la bande son qu’il offre ici est superbe.

On peut d’ailleurs écouter sur cet album le travail réalisé par Grünberg à cette époque :

Il n’existe à notre connaissance pas de DVD avec version ou sous-titres français. Le DVD commercialisé par Ruscico ne comprend que la version russe.