Alexandre Ptouchko – Ilya Mouromets (1956)

Ilya1Si les contes merveilleux sont abondamment adaptés au cinéma à l’époque soviétique, les anciens chants épiques, les bylines, le sont aussi. Et l’un des chefs d’oeuvres du genre est Ilya Mouromets (Илья Муромец), d’Alexandre Ptouchko (1956).

Voilà un film qui nous tient à coeur, vu que le premier livre que nous avons publié est justement un recueil de chants contant la légende d’Ilya Mouromets, le héros de la Rus’ de Kiev, le chevalier-paysan (2009, éditions Anacharsis).

Ce film de Ptouchko nous retrace d’ailleurs quasiment toute la carrière de ce personnage fabuleux, au prix de petites adaptations. Ilya est un fils de paysan, paralysé depuis sa naissance. Alors qu’il a déjà trente ans, il est guéri par des pèlerins, qui lui offrent l’épée du géant Sviatogor. Mais le village d’Ilya vient tout juste d’être attaqué par les Tougars, et la belle qu’il aime a été enlevé. Il va se mettre alors au service du prince Vladimir de Kiev.

Alexandre Ptouchko offre avec ce film une épopée mythologique, avec toute la démesure que ça implique. Il n’importe pas ici d’être crédible. Le fils d’Ilya est adulte en 10 ans. Lui-même possède une nappe magique qui le nourrit alors qu’il est enfermé des années durant dans les geôles de Kiev. Un soldat peut embrocher plusieurs Tatars d’un seul coup de lance. Monstres et merveilles s’enchaînent, jusqu’au fabuleux Zmeï Gorynitch, le dragon à trois têtes, cracheur de feu qui se déchaîne sous les murailles de Kiev.

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Des techniciens installent des lance-flammes dans les têtes du dragon Zmeï Gorynitch

Mais tout mythologique qu’il soit, ce film repose aussi sur un arrière-plan politique. L’invasion des Tougars et les destructions qu’elle entraîne est un rappel de la Seconde Guerre mondiale. Et lorsqu’on se décide à délivrer Ilya de sa geôle – il a auparavant osé défier le prince Vladimir –, pour affronter l’envahisseur, il le fait « non pas pour le prince Vladimir » (qui se pose ici en équivalent de Staline), mais pour défendre la sainte terre de la Rus’.

Le jeu des acteurs est outrancier, comme d’habitude dans ce genre de film: il n’a rien de naturel. Mais peu importe: il repose sur un texte dont les sous-titres, qu’ils soient français ou anglais (j’ai testé les deux), ne rendent pas la saveur. Ce texte est en effet rimé et reprend régulièrement des passages entiers des chants (les bylines).
La réalisation de Ptouchko est extraordinaire: décors, costumes, trucages, tout est absolument parfait pour l’époque. Ilya Mouromets est un très grand film.

Il est disponible en DVD chez RUSCICO, avec doublages et sous-titres en français. Malheureusement, un problème de décalage des sous-titres par rapport à la bande son fait qu’ils sont totalement incompréhensible au bout d’une demie-heure.

2 commentaires sur “Alexandre Ptouchko – Ilya Mouromets (1956)

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