Evgueni Cherstobitov – La Nébuleuse d’Andromède (1967)

Nebuleuse0Lorsque le fameux roman d’Ivan Efremov, La Nébuleuse d’Andromède, est paru à la fin des années 1950, celui-ci a été l’occasion d’une petite révolution littéraire. Efremov offrait dans son roman un futur utopique, dans lequel l’humanité fait partie d’une vaste communauté galactique, le Grand Anneau, un cercle de communication interstellaire contournant le noyau de la galaxie. Son succès fut immense et immédiat, avec plusieurs millions d’exemplaires vendus en quelques mois. Et cela a provoqué la résurrection de la science-fiction soviétique, moribonde sous Staline.

Il était évident que ce roman devait être adapté aussi cinéma. Mais il fallut cependant attendre plus de dix ans pour que cela soit réalisé, encore que l’histoire soit restée inachevée.

Il était en effet prévu plusieurs films, en tout cas au moins deux, pour adapter l’ensemble du roman, mais le décès d’un des acteurs principaux Sergueï Stoliarov (Dar Veter), en 1969, a mis fin à cette ambition.

Deux fils narratifs se croisent dans ce film. L’un prend place sur terre, autour de Dar Veter, qui a la charge des communications avec le Grand Anneau. Ces passages, très lents et didactiques, ont au moins l’avant de nous présenter le concept de ce grand anneau : un réseau de communication avec d’autres mondes, si gourmand en énergie que l’on demande, avant chaque envoi, aux usines et infrastructures de limiter leur consommation énergétique. Les messages envoyés le sont à la vitesse de la lumière : les desservants de la station savent donc qu’ils reçoivent des messages envoyés des siècles auparavant, par des gens maintenant morts, et qu’il en sera de même pour eux lorsque leurs propres messages seront reçus.

L’autre fil se déroule selon les aventures du Tantra, un vaisseau envoyé explorer la galaxie. Celui-ci manque une rencontre avec un cargo ravitailleur, et pire, il tombe sous l’emprise d’un étoile de fer, de la gravité est si forte qu’elle l’empêche de s’échapper. Le vaisseau en est réduit à se poser sur une planète hostile, sur laquelle l’équipage découvre l’épave d’un appareil extraterrestre.

Avec un tel scénario, le film aurait pu être beau. Hélas, c’est un rattage.

Nebuleuse2L’image est laide, tout en dégradés de marron (certes une couleur à la mode à cette époque). Les acteurs sont aussi figés que dans un mauvais peplum, et leur jeu n’est jamais naturel. Lorsque l’équipage du Tantra apprend qu’il va être coincé plus de vingt ans autour de l’étoile de fer, aucun des personnages ne semble choqué, ou au moins étonné : ils sont tous figés, comme si cela leur était égal.

Nebuleuse1Sur Terre, Sergueï Stoliarov, bien que vêtu à la dernière mode de ce futur lointain, n’a pas changé de coiffure depuis les années 1920, et semble momifié.

Cette laideur n’est hélas pas compensée par le rythme, lent, qui rend rapidement le film soporifique.

Il existe deux versions du film : la version originale, de 1967, d’une durée de 75 minutes, et une version abrégée des années 80 (68 min.) : de cette seconde version, qui est hélas celle que nous avons vue, les dialogues jugés trop idéologiques ont été coupés, d’où parfois des plans très saccadés, et les voix ont été réenregistrées, ce qui donne un résultat absolument pas naturel.

Indar Djendoubaev – Dragon inside me (2015)

DRAGON-J-DVD.inddDepuis quelques années, le couple d’écrivains ukrainiens Marina et Sergueï Diatchenko s’est tourné vers le cinéma, signant souvent d’excellents scénarios.

Avec Dragon inside me (Он – дракон, littéralement : « Lui, le dragon »), d’Indar Djendoubaev, c’est un de leurs premiers romans, Rituel, qui est porté à l’écran en 2015.

Il faut aimer les contes de fées, et les grandes histoires d’amour romantiques qui finissent bien, pour apprécier ce film. Mais dans le genre, celui-ci offre le meilleur.

Dans une ville slave de la Baltique, on a coutume d’offrir en sacrifice à un dragon vivant sur une mystérieuse île des jeunes filles, qui disparaissent au cours d’un rituel. Cela dure jusqu’au jour où un guerrier tue le dragon.

Depuis, le rituel a été transformé et est devenu un rite nuptial. Or voici que la fille du duc doit épouser un petit-fils du tueur de dragon. Le rituel est exécuté… et contre toute attente, un dragon vient enlever la fille.

L’histoire en elle-même est classique, c’est même un mélange entre deux contes-types : « la bête à sept têtes » et « la Belle et la bête ». Mais le mélange est bien fait, et il s’y ajoute une belle touche psychologique concernant les personnages.

Le duo d’acteur est très bon, et la réalisation, par un jeune cinéaste dont c’est le premier long métrage, est remarquable. Visuellement, il y a parfois quelques ratages, comme la scène finale, mais il y a aussi et surtout des moments époustouflants.

Un bémol : les chansons – c’est là un héritage soviétique que d’intercaler des chansons dans les contes merveilleux – sont parfois à la limite du sirupeux, mais c’est rattrapé par la scène centrale, qui est accompagnée d’un très beau morceau d’Alina Orlova. Rien que pour ça, il est possible de pardonner le reste.

C’est un film à voir, avec une fantasy certes avec des dragons, mais pas de nains, pas d’elfes, pas de voleurs, pas de quête, pas de monde à sauver d’un grand méchant.

Andreï Kontchalovski – L’Odyssée (1997)

KontchalovskiAndreï Kontchalovski, frère de Nikita Mikhalkov, a fait ses débuts de cinéaste et de scénariste en URSS avant de passer à l’Ouest. Cependant, cela lui arrive encore régulièrement de tourner en Russie.

C’est toutefois d’une production pour la télévision américaine dont nous allons parler brièvement, avec L’Odyssée (The Odyssey, 1997).

Il s’agit d’un téléfilm en deux volets, de presque trois heures. Mais pour un téléfilm, c’est assurément une super-production, avec un casting international, de gros moyens pour les décors et les costumes, des créatures réalisées par le studio de Jim Henson, une musique d’Edward Artemyev, lequel signe cependant une bande originale sans inventivité.

Mais au final, c’est un film inégal. Le scénario s’efforce de suivre fidèlement le récit d’Homère, n’omettant que quelques passages, mais le début est assez médiocre, notamment en raison de son acteur principal, Armand Assante, qui joue un peu comme dans un conte de Noël signé Disney. Bref, ce n’est pas très crédible. Mais au fil du temps, cela s’améliore… et c’est notamment grâce aux actrices. Greta Scacchi (Pénélope), Irene Papas (Anticleia), Geraldine Chaplin (Eurycleia), et Vanessa Lynn Williams (Calypso), sont absolument fabuleuses chacune dans leur rôle.

Petit à petit, Kontchalovski semble rentrer dans son propre film, et le deuxième volet, après la descente aux Enfers, est vraiment très bon. La scène du massacre des prétendants est aussi une réussite.

Alexandre Ptouchko – La Fleur de pierre (1946)

FLeurSi l’on trouve souvent des contes dans le cinéma soviétique, ceux-ci ne sont pas toujours d’origine populaire. Ainsi, La Fleur de pierre (Каменный цветок) d’Alexandre Ptouchko (1946), est l’adaptation d’une fort belle nouvelle de Pavel Bajov, certes emplie d’éléments venus des traditions populaires de l’Oural.

Il y est question d’une localité de l’Oural où l’on exploite le cuivre pour le compte d’un très riche propriétaire. Nous sommes au temps du servage, et les employés n’ont pas plus de prix que les bêtes. Et s’il faut les punie, on n’hésite pas à les tuer. L’un d’eux, pourtant, a de la valeur : un vieil artisan qui travaille la malachite. Ce vieil homme forme Danila, un autre serf, à son métier. Or Danila a des doigts d’or, et il est capable de sculpter des merveilles. Mais il est attiré par la légendaire Reine de la Montagne de Cuivre, qui, le jour de ses fiançailles, l’entraine dans son monde souterrain. Katia, la fiancée de Danila, va d’abord l’attendre, avant de se décider à se lancer à sa recherche.

La trame du conte est assez proche de celle de la Reine de Neige. Mais Bajov (et du coup Ptouchko) y ajoute un arrière-plan social fort. Si dans ce film (comme souvent dans les films merveilleux soviétiques), les acteurs ont un jeu absolument pas naturel, les décors, les trucages, l’histoire elle-même sont particulièrement beaux. Ce film est un petit bijou.

Le DVD de chez Ruscico offre plein de possibilités de langues et de sous-titres, il ne faut donc pas avoir peur de la jaquette intégralement en russe, ou, selon les versions, en anglais.

Alexandre Ptouchko – Ilya Mouromets (1956)

Ilya1Si les contes merveilleux sont abondamment adaptés au cinéma à l’époque soviétique, les anciens chants épiques, les bylines, le sont aussi. Et l’un des chefs d’oeuvres du genre est Ilya Mouromets (Илья Муромец), d’Alexandre Ptouchko (1956).

Voilà un film qui nous tient à coeur, vu que le premier livre que nous avons publié est justement un recueil de chants contant la légende d’Ilya Mouromets, le héros de la Rus’ de Kiev, le chevalier-paysan (2009, éditions Anacharsis).

Ce film de Ptouchko nous retrace d’ailleurs quasiment toute la carrière de ce personnage fabuleux, au prix de petites adaptations. Ilya est un fils de paysan, paralysé depuis sa naissance. Alors qu’il a déjà trente ans, il est guéri par des pèlerins, qui lui offrent l’épée du géant Sviatogor. Mais le village d’Ilya vient tout juste d’être attaqué par les Tougars, et la belle qu’il aime a été enlevé. Il va se mettre alors au service du prince Vladimir de Kiev.

Alexandre Ptouchko offre avec ce film une épopée mythologique, avec toute la démesure que ça implique. Il n’importe pas ici d’être crédible. Le fils d’Ilya est adulte en 10 ans. Lui-même possède une nappe magique qui le nourrit alors qu’il est enfermé des années durant dans les geôles de Kiev. Un soldat peut embrocher plusieurs Tatars d’un seul coup de lance. Monstres et merveilles s’enchaînent, jusqu’au fabuleux Zmeï Gorynitch, le dragon à trois têtes, cracheur de feu qui se déchaîne sous les murailles de Kiev.

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Des techniciens installent des lance-flammes dans les têtes du dragon Zmeï Gorynitch

Mais tout mythologique qu’il soit, ce film repose aussi sur un arrière-plan politique. L’invasion des Tougars et les destructions qu’elle entraîne est un rappel de la Seconde Guerre mondiale. Et lorsqu’on se décide à délivrer Ilya de sa geôle – il a auparavant osé défier le prince Vladimir –, pour affronter l’envahisseur, il le fait « non pas pour le prince Vladimir » (qui se pose ici en équivalent de Staline), mais pour défendre la sainte terre de la Rus’.

Le jeu des acteurs est outrancier, comme d’habitude dans ce genre de film: il n’a rien de naturel. Mais peu importe: il repose sur un texte dont les sous-titres, qu’ils soient français ou anglais (j’ai testé les deux), ne rendent pas la saveur. Ce texte est en effet rimé et reprend régulièrement des passages entiers des chants (les bylines).
La réalisation de Ptouchko est extraordinaire: décors, costumes, trucages, tout est absolument parfait pour l’époque. Ilya Mouromets est un très grand film.

Il est disponible en DVD chez RUSCICO, avec doublages et sous-titres en français. Malheureusement, un problème de décalage des sous-titres par rapport à la bande son fait qu’ils sont totalement incompréhensible au bout d’une demie-heure.

Boris Rytsarev – Aladin ou la lampe merveilleuse (1967)

AladinSi le cinéma soviétique a souvent adapté des contes folkloriques ou d’Andersen, il s’est parfois tourné vers l’Orient et notamment les Mille et unes nuits. Aladin ou la lampe merveilleuse (Волшебная лампа Аладдина), de Boris Rytsarev (1967) est un bel exemple de ce type de film.

Aladin est un jeune homme pauvre qui a eu l’audace de regarder une princesse droit dans les yeux. Condamné à mort, il est sauvé par un puissant magicien qui l’envoie chercher, dans le désert, une mystérieuse lampe. Mais Aladin, par la force des choses, conserve la lampe pour lui, une lampe habitée par un génie.

En France, nous avons fait un Ali Baba avec des acteurs à l’accent marseillais. Les Soviétiques, eux, ont fait un Aladin qui parle russe. Et somme toute, le résultat est très joli, très coloré, plein de rebondissements. Les trucages autour du génie sont à la fois simples et très efficaces.

Les deux scénaristes ont cependant fait le choix de l’humour bouffon: c’est donc une comédie à prendre au premier degré. Cet humour passera sans le moindre problème auprès des enfants – c’est d’ailleurs la branche des studios Gorki destinée aux films pour enfants qui a produit la chose –, mais une fois adulte… tout dépend des scènes.

Mais au final, cela reste un film très sympathique, une curiosité à voir.

Aladin est disponible en français en DVD grâce aux éditions RUSCICO. Les éditions RDM ont d’ailleurs repris ce DVD a un prix tout à fait abordable.

Vladimir Bytchkov – Ondine, la petite sirène (1976)

OndineL’Union soviétique possède une longue tradition de films merveilleux, adaptés des contes populaires ou des contes d’Andersen.

Ondine (la petite sirène), de Vladimir Bytchkov (Русалочка, 1976), se place dans la continuité de cette tradition. Je ne vous ferai pas l’injure de vous résumer l’histoire de ce film, encore qu’ici le conte d’Andersen subisse pas mal de transformations dans nombre de détails, comme par exemple le fait que, pour acquérir des jambes, la sirène ne perd pas sa voix, mais sa belle chevelure bleue, qui devient une chevelure humaine blonde.

Hélas, comme nombre de films merveilleux soviétiques des années 1970, celui-ci n’est pas extraordinaire. Il est désargenté comme un téléfilm. La réalisation est sans originalité. Les décors sont corrects, mais les costumes semblent piochés dans divers films antérieurs tant ils sont hétéroclites et présentent un mélange complet d’éléments venus de diverses époques historiques.

On y trouve cependant quelques bons acteurs, tels que Galina Volchek (la sorcière), Galina Artiomova (magnifique dans le rôle de la princesse), Valentin Nikouline (parfait dans le rôle de Sulpitius le vagabond). Mais hélas, les deux principaux protagonistes, Viktoriya Novikova (la sirène) et et Youri Senkevitch (le prince), ont le charisme d’un bulot mort au soleil. Pire : la petite sirène étant supposée avoir une belle voix, Viktoriya Novikova se retrouve affublée d’une voix de gamine insupportable accompagnée de petits tintements de clochettes.

Ce film est donc un bel échec, quasiment sur toute la ligne. Il est disponible en français en DVD grâce aux éditions RUSCICO. Les éditions RDM ont d’ailleurs repris ce DVD a un prix tout à fait abordable.

Vladimir Khotinenko – 1612 (2007)

1612Quand, en France, nous sommes toujours incapables de produire un cinéma populaire qui soit autre chose que des grosses comédies dites familiales, en Russie, l’art du film à grand spectacle. s’est conservé Cela donne des choses parfois ratées, et parfois d’authentiques réussites de cinéma populaire, comme le 1612 de Vladimir Khotinenko, une production de Nikita Mikhaïlkov (2007 en Russie, sorti en 2011 en DVD en France).

La jaquette du DVD est ici montrée à titre indicatif, et je ne mettrai pas de lien vers la bande-annonce en français : l’un comme l’autre sont trompeurs, voire mensongers, une fois encore. 1612 est présenté comme un pur film de guerre, ce qu’il n’est absolument pas. Mais voilà, il faut vendre.

1612, donc. Andreï est un serf, chargé avec tout un groupe d’esclave, de haler des navires sur un fleuve. Cinq ans auparavant, il était page à la cour des Godounov, lesquels furent massacrés sous ses yeux par des Polonais. Or voilà que sur un des navires qu’il tire, chargé de mercenaires, il retrouve la princesse Xenia. Avec audace, il parvient à se faire racheter par un condottiere espagnol sans foi ni loi, et se lie d’amitié avec son serviteur tatar. Mais voilà que bientôt l’Espagnol est tué lors d’une embuscade. Andreï, qui a été racheté sans contrat, peut dès lors être considéré comme un serf en fuite, et donc être condamné à mort. Qu’à cela ne tienne : il va usurper, avec la complicité active du Tatar, l’identité de son maître. Ce qui va bien sûr l’entraîner fort loin…

Car Andreï doit assumer son rôle, celui d’un puissant mercenaire, payé fort cher par les Polonais, et devant donc prouver sa valeur. Mais il jouit de deux atouts : tout d’abord une mémoire extraordinaire, qui lui permet de répéter à la perfection les rares mouvements d’escrime qu’il a pu voir chez l’Espagnol ; mais aussi sans doute la protection conjointe des mânes de celui-ci, qui l’accompagnent et semblent le soutenir tout le long de ses aventures, et d’Indrik, la Licorne, l’animal fabuleux qu’il s’est choisi pour « totem ». Andreï est donc chanceux, très chanceux, et culotté au plus haut point. Il parvient sans cesse à se sortir des situations les plus rocambolesques.

Et c’est là le point fort du film : non content d’être un récit d’aventures picaresques (et non un film de guerre), il est aussi fort drôle. En cela, il rappelle singulière Pirates des Caraïbes ; et le rôle principal, tenu par Piotr Kislov, aurait fort bien convenu à un Johnny Depp !

Bref, de l’aventure, de l’action, du panache, beaucoup d’humour, un brin de fantastique et même de fantasy, mais aussi quelques aspects trash (il faut bien mériter la mention « version intégrale non censurée »), car les scènes de guerre sont tout de même décrites dans toute leur cruauté. Ce cocktail fait de ce film une œuvre appartenant au grand cinéma populaire. Une réussite, à laquelle on aurait tort de reprocher, comme on a pu le faire, ses quelques accents nationalistes : un nationalisme bien fade, et pas plus fort que dans Les Aventures de Robin des Bois de Michael Curtiz ou dans l’Ivanhoe de Richard Thorpe.

1612, c’est donc 2h23 de bonheur. Quel dommage qu’il soit sorti directement en DVD : il méritait clairement d’être distribué en salle, bien plus que nombre de productions hollywoodiennes!

Cette critique a été initialement publiée sur Palabres éclectiques.

Hermann Zschoche – Eolomea (1972)

Du cinéma de science-fiction est-allemand, je ne connaissais jusqu’ici que Dans la poussière des étoiles (Im Staub der Sterne), improbable planet opera kitschissime, avec dictateur de pacotilles et danseuses nues. Je vous en colle une image, histoire de vous montrer à quoi cette étonnante chose peut ressembler :

Eolomea 1

Mais comme en matière de cinéma de SF ancien, je n’ai pas vraiment froid aux yeux, j’ai voulu tester Eolomea, film de Hermann Zschoche sorti en 1972. Certes, les deux films ne naviguent pas dans les mêmes eaux. Eolomea est clairement une superproduction, internationale qui plus est, avec la participation de plusieurs pays de l’ex-bloc soviétique. Ainsi l’URSS est présente avec le grand acteur Vsevolod Sanaiev, ainsi qu’avec Boris Travkine (Ilya Mouromets, L’Arc-en-Ciel lunaire, Soy Cuba, entre autres) aux effets spéciaux. Plein de beau monde, donc. Mais de quoi est-il question ?

Eolomea 1

Dans un futur proche, l’humanité a essaimé sur la Lune et sur quelques astéroïdes, où elle entretient des bases dont la plus importante est Margot. Mais voilà que Margot signale la mystérieuse disparition, coup sur coup, de huit astronefs. Et personne ne semble savoir où ils ont pu disparaître, sans laisser la moindre trace. Seul le professeur Oli Tal (Rolf Hoppe) ose avancer l’hypothèse de particules d’antimatière, sans que personne ne le croie. Aussi le conseil international chargé de gérer l’exploration spatiale, avec à sa tête Maria Scholl (Cox Habbema) décide-t-il de stopper net tout déplacement de vaisseau jusqu’à ce qu’on en sache plus. Maria Scholl se doute d’ailleurs que Oli Tal en sait plus qu’il ne veut bien le dire : lorsqu’elle lui apprend que sa fille se trouvait sur le dernier vaisseau disparu, Tal ne semble pas en être troublé outre mesure… Scholl enquête rapidement et découvre que par le passé, Tal a été littéralement humiliée, ainsi qu’un autre scientifique nommé Pierre Brodsky (Petar Slabakov) après avoir annoncé la découverte d’un possible signal extraterrestre qu’ils ont nommé « Eolomea ».

Eolomea 2

Si si, c’est bien la directrice de l’agence spatiale mondiale… le temps d’un bal costumé

Eolomea a bien des défauts. Zschoche ne jouit pas d’un immense talent (le comparer à Tarkovski ou à Kubrick comme le fait la jaquette du DVD est un brin exagéré), et l’on trouve régulièrement quelques défauts de montage assez visibles. Mais les acteurs sont vraiment bons, à commencer par la belle Cox Habbema dans un rôle surprenant pour l’époque : une jeune femme qui dirige une organisation mondiale !; mais aussi Ivan Andonov et bien sûr Vsevolod Sanaiev, tous deux parfaits en astronautes désabusés et portés sur l’alcool. Et ce qui compte surtout est la qualité du scénario, particulièrement original, ainsi que le soin qui a été apporté à sa contextualisation. Le film est clairement crédible. Il n’y a nulle exagération, nulle surenchère dans ce futur proche, pacifié, décrit en détail non pas de façon directe et lourde, mais par petites touches, dans les conversations, dans les décors.

Eolomea 3

Le robot a un bras cassé, et est un bras cassé 

Certes, on y trouve sans doute le robot le plus idiot de tout le cinéma de SF – avec une allusion lourde aux lois d’Asimov -, mais à côté de cela, des personnages attachants, vivants, profonds.

Et puis il y a ce final, avec ce propos ouvertement optimiste, réjouissant, qui invite les scientifiques à sortir de leur torpeur, à faire preuve d’audace. Eolomea est un film qui fait du bien, et cela tranche franchement avec l’idée que l’on se fait d’une RDA grise et tristounette. Propagande, me direz-vous ? Oui, mais pas pour un régime politique, car tout propos idéologique est soigneusement évité, et cela évite ainsi au film de vieillir. 

Eolomea 4

S’il avait été tourné en Occident, il ne fait nul doute qu’Eolomea aurait été considéré depuis longtemps comme un petit classique de la SF, comme peut l’être son strict contemporain Silent Running de Douglas Trumbull.

Eolomea n’est pas disponible en France. Il est possible de s’en procurer une version remasterisée et avec sous-titres en anglais éditée par First Run Features, soit à l’unité, soit dans un coffret intitulé The DEFA Sci-Fi Collection, qui contient aussi Dans la poussière des étoiles et L’étoile silencieuse. L’ensemble ne coûte d’ailleurs pas très cher et peut se commander aisément.

Eolomea jaquette

Cette critique a été initialement publiée sur Palabres éclectiques.

Sarik Andreassian – Survival Game (2016)

SurvivalJ’aime rechercher, dans le domaine de la SF, des petits films. Ceux qui n’ont pas forcément de gros budgets, mais qui compensent par plus de liberté, de créativité. Voici donc un film russe qui porte le titre de Survival Game en français (sic), mais dont le titre original était Mafia. Jeu de survie (Игра на выживание), de Sarik Andreassian (2016). Oui, j’écris le nom du réalisateur en translittérant à la française, même si sur le DVD il est écrit Andreasyan, à l’anglaise.

Car comme d’ordinaire, c’est traduit de l’anglais. C’est fabuleux. Tous les films russes qui paraissent directement en DVD sont traduits de l’anglais. Cette fois-ci je remercie donc Mediadub International pour ce travail de mercenaire, qui consiste à faire ce qui n’est absolument pas admissible : une traduction de traduction. J’ai assez relevé ici que ça n’aboutit qu’à des catastrophes, surtout avec des doublages ou des sous-titres, pour lesquels il faut faire dense et donc souvent approximatif.

Pas de bol, en plus : ce DVD n’a pas de VO. Il m’a donc fallu voir la chose en VF, et donc avec des voix dont on ne peut pas dire qu’elles étaient passionnées.

Mais passons sur ça, et parlons du film.

La disparition du mot « mafia » du titre est dommageable, car le cœur même du scénario repose justement sur l’adaptation d’un jeu portant ce nom.

Le principe est archiconnu : un jeu, mi-maillon faible, mi-télé réalité, avec chaque jour l’élimination d’un des candidats. Une élimination physique, puisque la défaite se traduit par la mort. Archi-banal me direz-vous, depuis le fameux Battle Royale de Kinji Fukasaku, sans compter les Hunger Games, ou même sans remonter jusqu’au Prix du Danger, d’Yves Boisset (1983).

Survival Game, disais-je, adapte un jeu de société soviétique, Mafia. Les joueurs sont divisés en deux groupes, l’un plus important que l’autre, le groupe minoritaire étant composé de mafieux, qui doivent éliminer à chaque tour un joueur. À charge pour les membres du groupe majoritaire de démasquer les mafieux avant d’avoir été tous éliminer.

Dans le film d’Andreassian, le jeu fait l’objet d’une adaptation télévisuel. Nous sommes à Moscou, en 2072. Les candidats, onze en tout, sont volontaires, sauf deux qui sont des prisonniers, lesquels ne gagneront pas d’argent mais seulement leur liberté. Chacun vient pour une cause qui lui est propre. Une ballerine mutilée par un accident et qui rêve de se payer l’opération qui relancera sa carrière ; un milliardaire qui pense jouer là un ultime pied de nez à ses héritiers ; un homme, malade incurable, qui veut ainsi offrir à sa famille une sécurité financière, etc.

Tous ont subi des tests avant de participer au jeu, des tests qui ont visé à déterminer quelle est leur plus grande peur. Car quand un candidat est éliminé, il meurt… mais il meurt dans une mise en scène qui joue sur sa peur. Ainsi celui qui a peur de la noyade se retrouve sur une minuscule barque, sur la mer, entouré de requins.

Les acteurs jouent le jeu mais sans plus. Ils sont honnêtes. La réalisation est intéressante, et on remarquera tout particulièrement les décors, très inspirés d’un HR Giger cyberpunk. Si la fin est un tantinet décevante, Survival Game reste un bon film qui mérite le détour.

Critique initialement publiée sur Palabres éclectiques.