Djanik Faiziev – Le 8 août (2012)

2353923276Nous sommes le 7 août 2008. Kesnia est une jeune moscovite, divorcée, mère célibataire, qui tente de refaire sa vie et se lance dans l’aventure auprès de Egor, un banquier d’affaire. Mais son fils, Artem, un petit garçon, ne semble pas vouloir le supporter. Artem vit dans son monde, un monde fantastique dans lequel il combat un super méchant avec l’aide d’un robot géant qui a les traits et la voix de son père.

Ce père, Saur, est Ossète. Il est militaire et stationné avec les « forces de paix » russes en Ossétie du Sud. Il aime toujours Ksenia et souhaiterait revoir son fils. Aussi propose-t-il à son ex-femme de loger Artem chez ses parents, en Ossétie du Sud. Ksenia, toute à sa nouvelle histoire d’amour, accepte : Artem prend l’avion, escorté par Ilya, un militaire de la compagnie de Saur.

Mais lorsque la mère de Ksenia apprend cela, elle bondit et montre les actualités à sa fille : des troupes se massent à la frontière géorgienne, la guerre va éclater. Ksenia se rend compte de son erreur et prend l’avion pour Beslan, puis le bus pour Tskhinval. Mais le bus en question est subitement la cible de missiles… Et quand Ksenia arrive tant bien que mal dans la capitale d’Ossétie du Sud, le ciel est déjà illuminé par les trajectoires de roquettes.

Pendant ce temps, un char géorgien arrive devant la maison des parents de Saur. Saur porte son uniforme. Le char tir. Ainsi le robot géant est tué sous les yeux d’Artem par une créature monstrueuse. Son univers s’effondre. A partir de là, le petit garçon va rester prostré dans la maison désertée, à peine suspendu à un téléphone portable grâce auquel sa mère, se faisant passer pour le robot, tâche de le motiver. Une mère qui, sous les bombes et les balles, va se lancer dans une folle quête pour sauver son fils.

Le 8 Août (Август. Восьмого, 2012) est-il un film de science-fiction ? Assurément non, et donc a priori il ne devrait pas avoir sa place sur ce blog. Et pourtant nous avons tenu à en parler, car il utilise savamment tous les codes du film de SF hollywoodien, pour les détourner et en faire un univers fictif peuplé de créatures et de robots géants. Un univers enfantin, certes, mais finalement pas moins réel – et pas moins dangereux – que celui des adultes. Mieux, un univers dans lequel Ksenia elle-même commence à se retrouver : lorsqu’elle est soufflée par l’explosion d’un obus, elle s’envole, à la manière du robot-père. Et petit à petit, elle va réellement prendre la place de ce robot dans les yeux d’Artem. Mieux : il est même possible de se demander si ça n’est pas l’ensemble des personnages qui serait plongé dans cet univers. Car par exemple, les soldats géorgiens surgissent et sont éliminés comme le seraient les ennemis dans un jeu vidéo. Et tant qu’Artem est conscient, jamais on ne voit leur visage, qui est soit plongé dans l’ombre, soit masqué d’une cagoule : ils sont presque virtuels.

S’il n’est pas certain que Le 8 Août soit un film de science-fiction, ce qui est sûr est qu’il s’agit d’un film de propagande. Cela n’apparaît pas au début du film, qui nous plonge dans une guerre dont on ne sait pas les causes. C’est la guerre, n’importe quelle guerre. Puis surviennent les scènes « présidentielles ». Ces scènes tombent à vrai dire comme un cheveux sur la soupe. Montrant le président de la Fédération de Russie en action, au sein de son état-major, elles sont tout bonnement ridicules. Certes pas plus que dans les nombreux films hollywoodiens où le président des USA sauve le monde, mais tout de même : elles gâchent le rythme du film et y introduisent une bonne dose de médiocrité. On notera au passage que si Vladimir Poutine, alors premier ministre, est mentionné, il n’est jamais visible, tandis qu’au contraire on montre sans cesse Dmitri Medvedev, mais sans jamais le nommer. De plus, Medvedev est incarné par Vladimir Vdovitchenkov, ce qui reviendrait un peu à mettre Jean Réno dans le rôle de de Gaulle : ça n’a rien de crédible. Pire, la première scène dans laquelle le président apparaît se passe à bord d’un yatch de luxe que l’oligarque Abramovitch n’aurait sans doute pas renié. On aura donc compris que s’il s’agit d’un film de propagande, il n’est pour autant pas question de vanter la gloire de la Fédération de Russie, mais plutôt de faire l’apologie discrète de Poutine, par contraste avec Medvedev. Cela ne doit pas surprendre : Djanik Faiziev, le réalisateur, s’était déjà fait remarquer en 2009 en tournant un film sur l’amiral Koltchak ; quand à Fedor Bondartchouk, le producteur, son soutien à l’actuel président russe n’est un secret pour personne.

Il n’empêche que malgré ces passages lourds, Le 8 Août reste un film brillant. Faiziev a beaucoup de talent : la photographie est superbe, la mise en scène impeccable, les scènes d’action bluffantes, voire même époustouflantes comme par exemple l’attaque du bus qui est particulièrement spectaculaire, presque choquante. Nombre d’images, de plans sont saisissants. C’est finalement avec plaisir que l’on se plonge dans la folie de cette mère prête à tout pour sauver son fils.

La bande annonce, en russe :

 

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