Andreï Ermach – L’Arc-en-ciel lunaire (1983)

L’Arc-en-Ciel lunaire (Лунная радуга), une production Mosfilm de 1983, et premier film d’Andreï Ermach (secondé par V. Karpitchev), alors tout jeune réalisateur et qui se fera connaître ensuite en tournant en 1987 une adaptation de La Fin de l’éternité d’Isaac Asimov. L’Arc-en-Ciel lunaire est né sous de bons auspices. D’abord parce qu’il est l’adaptation d’un roman de Sergueï Pavlov, Suivant la Trace noire (По чёрному следу1978), premier tome de l’épopée Arc-en-Ciel lunaire, véritable roman culte, qui a connu au moins onze rééditions depuis sa première parution.

Ensuite parce que Ermach a su réunir (semble-t-il grâce au piston de son père, mais c’est une autre histoire…), un casting extraordinaire, sélectionnant parmi les meilleurs acteurs soviétiques du moment. Enfin parce que la musique est signée Edouard Artemiev, sans doute le meilleur compositeur soviétique de musiques de film.

Qu’en est-il de l’histoire ? Depuis plusieurs années, des événements électromagnétiques hors-norme se produisent sur Terre, événements liés à l’apparition de mystérieuses taches noires, sur des écrans. Petit à petit, le lien est fait entre ses taches noires, et la présence de quatre anciens cosmonautes qui ont tous participé par le passé à une expédition sur Obéron, satellite d’Uranus, expédition qui a tourné à la catastrophe, la majeure partie de ses membres ayant péri lors d’une étrange explosion lumineuse. Une commission de l’Organisation Mondiale de la Santé est alors chargée d’enquêter, et de déterminer, de la façon la plus discrète possible, si ces quatre anciens cosmonautes représentent un danger pour l’Humanité.

Voilà un scénario clairement original pour l’époque soviétique. Une enquête, presque policière même si elle n’en emprunte pas les codes. Si l’influence du Blade Runner de Ridley Scott se fait sentir, elle est très vite effacée par le fait qu’on ne se retrouve pas avec un policier solitaire livré à lui-même. Le film est d’ailleurs quasi totalement privé d’action : l’essentiel de l’enquête se mène lors d’une réunion, dans un bureau noir, plongé dans l’obscurité, qui ne parvient pas à générer une atmosphère pesante.

865235373Car il faut bien l’avouer, Ermach n’est alors pas un grand réalisateur. Les rares scènes d’actions sont poussives ; certains plans sont clairement ratés, avec des cadrages hasardeux qui empêchent toute compréhension de ce qui se passe. Il gère très mal aussi la pauvreté des effets spéciaux, comme hélas dans tout film soviétique de SF de cette époque : le cinéma soviétique n’a pas connu d’équivalent de Douglas Trumbull, capable de faire la liaison entre les trucages avant-gardistes des années 1950 et l’ère du numérique. Enfin, l’immense contraste qui existe entre les cosmonautes en tenue, vraiment crédibles, et les autres personnages, civils, habillés comme à la pire époque des années 1970, est vraiment pénible…

3965473939Mais le film se rattrape cependant par quelques passages vraiment lumineux, comme la psychédélique séquence sur Mercure… ou encore la scène de réveil du principal des quatre cosmonautes, David Norton, sublimée par la musique d’Artemiev:

799851773Nous disions d’ailleurs plus haut que le film était servi par un casting de rêve, ainsi aura-t-on le droit à un splendide dialogue, au sein de la base mercurienne, entre Vladimir Gostioukhine impassible et une magnifique et troublante Natalia Saïko, qui incarne la veuve d’un autre cosmonaute disparu sur Obéron…

Notons aussi une scène de dialogue final remarquable, dialogue étant en fait un mot imparfait pour la décrire (mais en dire plus lui ferait perdre tout son sel).

Enfin, il y a donc la musique d’Artemiev. Malheureusement indisponible en disque… Un Artemiev en très grande forme, influencé tant par le Tangerine Dream de la grande époque, que le Vangelis de Blade Runner ou le David Bowie de Low. Certains morceaux sont de purs chef-d’oeuvres de la musique électronique !

Au final, L’Arc-en-Ciel lunaire est un film peut-être un peu raté, mais diablement intéressant, pour ne pas dire fascinant, par quelques belles images, d’excellents acteurs, une magnifique musique, et surtout un propos particulièrement riche.

« Je suis né sur Terre, de parents terriens. Qui êtes-vous donc pour vous permettre de dire que je ne suis pas humain ? » – David Norton, dans quelques décennies.

 

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