Andreï Kontchalovski – L’Odyssée (1997)

KontchalovskiAndreï Kontchalovski, frère de Nikita Mikhalkov, a fait ses débuts de cinéaste et de scénariste en URSS avant de passer à l’Ouest. Cependant, cela lui arrive encore régulièrement de tourner en Russie.

C’est toutefois d’une production pour la télévision américaine dont nous allons parler brièvement, avec L’Odyssée (The Odyssey, 1997).

Il s’agit d’un téléfilm en deux volets, de presque trois heures. Mais pour un téléfilm, c’est assurément une super-production, avec un casting international, de gros moyens pour les décors et les costumes, des créatures réalisées par le studio de Jim Henson, une musique d’Edward Artemyev, lequel signe cependant une bande originale sans inventivité.

Mais au final, c’est un film inégal. Le scénario s’efforce de suivre fidèlement le récit d’Homère, n’omettant que quelques passages, mais le début est assez médiocre, notamment en raison de son acteur principal, Armand Assante, qui joue un peu comme dans un conte de Noël signé Disney. Bref, ce n’est pas très crédible. Mais au fil du temps, cela s’améliore… et c’est notamment grâce aux actrices. Greta Scacchi (Pénélope), Irene Papas (Anticleia), Geraldine Chaplin (Eurycleia), et Vanessa Lynn Williams (Calypso), sont absolument fabuleuses chacune dans leur rôle.

Petit à petit, Kontchalovski semble rentrer dans son propre film, et le deuxième volet, après la descente aux Enfers, est vraiment très bon. La scène du massacre des prétendants est aussi une réussite.

Alexandre Ptouchko – Ilya Mouromets (1956)

Ilya1Si les contes merveilleux sont abondamment adaptés au cinéma à l’époque soviétique, les anciens chants épiques, les bylines, le sont aussi. Et l’un des chefs d’oeuvres du genre est Ilya Mouromets (Илья Муромец), d’Alexandre Ptouchko (1956).

Voilà un film qui nous tient à coeur, vu que le premier livre que nous avons publié est justement un recueil de chants contant la légende d’Ilya Mouromets, le héros de la Rus’ de Kiev, le chevalier-paysan (2009, éditions Anacharsis).

Ce film de Ptouchko nous retrace d’ailleurs quasiment toute la carrière de ce personnage fabuleux, au prix de petites adaptations. Ilya est un fils de paysan, paralysé depuis sa naissance. Alors qu’il a déjà trente ans, il est guéri par des pèlerins, qui lui offrent l’épée du géant Sviatogor. Mais le village d’Ilya vient tout juste d’être attaqué par les Tougars, et la belle qu’il aime a été enlevé. Il va se mettre alors au service du prince Vladimir de Kiev.

Alexandre Ptouchko offre avec ce film une épopée mythologique, avec toute la démesure que ça implique. Il n’importe pas ici d’être crédible. Le fils d’Ilya est adulte en 10 ans. Lui-même possède une nappe magique qui le nourrit alors qu’il est enfermé des années durant dans les geôles de Kiev. Un soldat peut embrocher plusieurs Tatars d’un seul coup de lance. Monstres et merveilles s’enchaînent, jusqu’au fabuleux Zmeï Gorynitch, le dragon à trois têtes, cracheur de feu qui se déchaîne sous les murailles de Kiev.

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Des techniciens installent des lance-flammes dans les têtes du dragon Zmeï Gorynitch

Mais tout mythologique qu’il soit, ce film repose aussi sur un arrière-plan politique. L’invasion des Tougars et les destructions qu’elle entraîne est un rappel de la Seconde Guerre mondiale. Et lorsqu’on se décide à délivrer Ilya de sa geôle – il a auparavant osé défier le prince Vladimir –, pour affronter l’envahisseur, il le fait « non pas pour le prince Vladimir » (qui se pose ici en équivalent de Staline), mais pour défendre la sainte terre de la Rus’.

Le jeu des acteurs est outrancier, comme d’habitude dans ce genre de film: il n’a rien de naturel. Mais peu importe: il repose sur un texte dont les sous-titres, qu’ils soient français ou anglais (j’ai testé les deux), ne rendent pas la saveur. Ce texte est en effet rimé et reprend régulièrement des passages entiers des chants (les bylines).
La réalisation de Ptouchko est extraordinaire: décors, costumes, trucages, tout est absolument parfait pour l’époque. Ilya Mouromets est un très grand film.

Il est disponible en DVD chez RUSCICO, avec doublages et sous-titres en français. Malheureusement, un problème de décalage des sous-titres par rapport à la bande son fait qu’ils sont totalement incompréhensible au bout d’une demie-heure.

Boris Rytsarev – Aladin ou la lampe merveilleuse (1967)

AladinSi le cinéma soviétique a souvent adapté des contes folkloriques ou d’Andersen, il s’est parfois tourné vers l’Orient et notamment les Mille et unes nuits. Aladin ou la lampe merveilleuse (Волшебная лампа Аладдина), de Boris Rytsarev (1967) est un bel exemple de ce type de film.

Aladin est un jeune homme pauvre qui a eu l’audace de regarder une princesse droit dans les yeux. Condamné à mort, il est sauvé par un puissant magicien qui l’envoie chercher, dans le désert, une mystérieuse lampe. Mais Aladin, par la force des choses, conserve la lampe pour lui, une lampe habitée par un génie.

En France, nous avons fait un Ali Baba avec des acteurs à l’accent marseillais. Les Soviétiques, eux, ont fait un Aladin qui parle russe. Et somme toute, le résultat est très joli, très coloré, plein de rebondissements. Les trucages autour du génie sont à la fois simples et très efficaces.

Les deux scénaristes ont cependant fait le choix de l’humour bouffon: c’est donc une comédie à prendre au premier degré. Cet humour passera sans le moindre problème auprès des enfants – c’est d’ailleurs la branche des studios Gorki destinée aux films pour enfants qui a produit la chose –, mais une fois adulte… tout dépend des scènes.

Mais au final, cela reste un film très sympathique, une curiosité à voir.

Aladin est disponible en français en DVD grâce aux éditions RUSCICO. Les éditions RDM ont d’ailleurs repris ce DVD a un prix tout à fait abordable.

Vladimir Bytchkov – Ondine, la petite sirène (1976)

OndineL’Union soviétique possède une longue tradition de films merveilleux, adaptés des contes populaires ou des contes d’Andersen.

Ondine (la petite sirène), de Vladimir Bytchkov (Русалочка, 1976), se place dans la continuité de cette tradition. Je ne vous ferai pas l’injure de vous résumer l’histoire de ce film, encore qu’ici le conte d’Andersen subisse pas mal de transformations dans nombre de détails, comme par exemple le fait que, pour acquérir des jambes, la sirène ne perd pas sa voix, mais sa belle chevelure bleue, qui devient une chevelure humaine blonde.

Hélas, comme nombre de films merveilleux soviétiques des années 1970, celui-ci n’est pas extraordinaire. Il est désargenté comme un téléfilm. La réalisation est sans originalité. Les décors sont corrects, mais les costumes semblent piochés dans divers films antérieurs tant ils sont hétéroclites et présentent un mélange complet d’éléments venus de diverses époques historiques.

On y trouve cependant quelques bons acteurs, tels que Galina Volchek (la sorcière), Galina Artiomova (magnifique dans le rôle de la princesse), Valentin Nikouline (parfait dans le rôle de Sulpitius le vagabond). Mais hélas, les deux principaux protagonistes, Viktoriya Novikova (la sirène) et et Youri Senkevitch (le prince), ont le charisme d’un bulot mort au soleil. Pire : la petite sirène étant supposée avoir une belle voix, Viktoriya Novikova se retrouve affublée d’une voix de gamine insupportable accompagnée de petits tintements de clochettes.

Ce film est donc un bel échec, quasiment sur toute la ligne. Il est disponible en français en DVD grâce aux éditions RUSCICO. Les éditions RDM ont d’ailleurs repris ce DVD a un prix tout à fait abordable.

Alexandre Ptouchko – Sadko (1952)

Les cinéphiles occidentaux connaissent bien le travail de Ray Harryhausen, ce maître de l’animation image par image, qui produisit avec Charles H. Schneer 14 films comme Le Septième voyage de Sinbad ou Jason et les Argonautes, qui sont restés des classiques du cinéma populaire. À la même époque, l’URSS eut Alexandre Roou et Alexandre Ptouchko. L’un comme l’autre se sont spécialisés dans l’adaptation de contes et légendes issus le plus souvent du folklore russe, et à ce titre ils sont des exceptions au sein du cinéma soviétique d’après-guerre, plus porté sur le réalisme. Ils introduisent un merveilleux et une fantaisie qui n’ont alors pas d’équivalent. Et surtout, l’un comme l’autre développeront des trésors d’ingéniosité dans le domaine des trucages : c’est à ce titre qu’ils peuvent être considérés comme des figures égales à Harryhausen. Il faut dire que Ptouchko a commencé sa carrière par des films d’animation image par image : l’utilisation de ce procédé ne pouvait être que naturelle par la suite.

4238752539Avec Sadko (Садко, 1952), Ptouchko entend porter à l’écran un opéra de Rimski-Korsakov, lui-même basé sur une byline, un chant épique russe. Nous sommes à Novgorod. De riches marchands dominent la ville, alors que la majorité de la population vit dans la pauvreté et est parfois même contrainte de se vendre en esclavage. Seul finalement Sadko, un joueur de gouzli (sorte de cithare russe), rêve. Il rêve de bonheur pour tous, un bonheur que l’on pourrait acquérir en allant chercher un oiseau merveilleux, aux confins du monde. N’arrivant pas à convaincre les marchands de l’utilité de ce voyage, il se retrouve à chanter tristement au bord du lac Ilmen, où la fille du roi des mers l’entends, et se propose de l’aider. Devenu subitement riche, après avoir défié les marchands et provoqué comme une révolution dans la ville, Sadko arme son expédition de trois navires, et s’embarque à la recherche de l’oiseau du bonheur, d’abord en Scandinavie, puis en Inde.

153525723Il serait vain de dire que Sadko n’accuse pas son âge : les acteurs jouent carrément faux, incapables qu’ils sont de sortir d’un mode d’expression grandiloquent, si fréquent dans les films soviétiques d’alors. Tout y est maniéré, exagéré. Mais il n’empêche : Sadko, avec ses couleurs, ses décors somptueux, ses trucages parfois fabuleux (voir par exemple la séquence de l’oiseau Phénix) offre au public du rêve à l’état pur. Et le jury du festival de Venise ne s’y est pas trompé en attribuant en 1953 au film le Lion d’Argent.

1944506043Sorti cette même année en France sous le titre Le Tour du monde de Sadko, il faudra cependant attendre 1962 pour que le film apparaisse sur les écrans américains. Et encore : tombé sous la coupe de la société de production de Roger Corman, et confié aux bons soins d’un Francis Ford Coppola débutant, il deviendra, par la magie de multiples coupes et d’un doublage étonnant, The Magic Voyage of Sinbad !

1317463819Il n’empêche que c’est probablement ce film qui a inspiré l’un des chefs d’oeuvres du tandem Harryhausen / Schneer : Jason et les Argonautes, réalisé en 1963 par Don Chaffey. Certes, les deux films se basent sur un fonds mythologique commun : celui des récits de navigations merveilleuses indo-européennes (cf. les voyages d’Ulyssse, de Maeduin, de Bran, etc.). Mais il n’empêche que l’on retrouve des séquences communes : la sélection des compagnons (épreuves de jeux pour Jason, épreuve de la vodka suivi d’un coup sur l’épaule pour Sadko) clôturée par l’arrivé d’un candidat faible physiquement, mais astucieux ; la scène du palais exotique (en Colchide pour Jason, en Inde pour Sadko), avec sa traditionnelle danse. Enfin, il faut noter que le propos de Jason sur l’objet apportant le bonheur qu’il faut conquérir dans un pays lointain est à l’exact opposé de celui de Sadko sur le même sujet. L’un est une réponse à l’autre !

Le Tour du monde de Sadko est actuellement disponible chez Bach Films, à un tout petit prix. Il s’agit cependant d’un pressage issu d’une copie française doublée, non restaurée : la qualité de l’image y est donc hélas faible.

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Anton Megerdichev – Dark Fantasy (2010)

3301070153Marina Leonova est étudiante. Dépressive, habillée façon gothique et amatrice d’ésotérisme, elle en pince pour un de ses camarades, un bellâtre qui lui préfère une blonde tout ce qu’il y a de plus superficielle. Avec tout un groupe de la même faculté, ils partent avec leur professeur dans le nord de la Russie, en mission ethnologique, pour étudier les formules magiques qui pourraient encore y être en usage.

Un temps hébergé par une grand-mère qui a tout d’une sorcière, ils se retrouvent séparés quand le bellâtre en question tente malgré tout de séduire Marina, qui s’enfuit en compagnie de la grosse tête de la classe, Kostia. Ensemble, ils pénètrent dans l’église en ruine d’un village abandonné, et trouvent dans un souterrain le corps d’une sorcière momifiée tenant un bouclier.

174910824C’est en cherchant à prendre ce bouclier orné d’un labyrinthe que Marina entre en contact avec la momie et tombe dans l’inconscience. Les secours sont appelés, mais en lieu et place des services d’urgence, ce sont d’étranges paramilitaires qui arrivent en hélicoptère.

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Le bellâtre en question et sa blonde

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Ceci n’est pas une scène de Xena, mais bien une photo de sorcières russes

Vous l’aurez compris, Dark Fantasy (en russe Темный мир в 3DLe Monde des ténèbres en 3D), film d’Anton Megerdichev paru en 2010 et sorti ces dernières semaines directement en DVD en France, commence comme un simple slasher, un de ces films d’horreur où l’on massacre à tours de bras des adolescents qui se sont aventurés bêtement là où il ne fallait pas. Pourtant, très vite, Dark Fantasy s’écarte de ce modèle en insérant son histoire dans le cadre d’une antique lutte entre sorciers (en russe колдуны / kolduny) et sorcières (ведьмы / ved’my), les sorciers s’étant acoquinés avec une entité venue il y a plus d’un millénaire de l’espace. Marina, de par son contact avec la momie va devenir elle-même une sorcière et combattre Aleksandr, le chef des paramilitaires, lequel est le fils d’un puissant sorcier vaincu il y a des siècles par la reine de ses adversaires. Et là, le film bascule tout simplement dans le film de fantasy chinois, avec combat au sabre et à l’arc dans les airs.

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Bela Lugosi’s not dead

Dit comme cela, le film a l’air décidément très bête, d’autant plus que les acteurs sont souvent médiocres (on retiendra toutefois Serguei Ougryoumov, le grand méchant increvable, qui semble la réincarnation parfaite de Bela Lugosi), que la mise en scène n’a rien de particulièrement remarquable : elle est juste efficace. Mais Megerdichev n’a pas la prétention d’égaler Tarkovski et son film n’a pas pour vocation d’être classé art et essai. Dark Fantasy est un film de pure détente. Son scénario s’avère au final pas si mal troussé que ça et assume jusqu’au bout, de façon logique, son caractère improbable et grotesque. Bref, clairement Dark Fantasy ne méritait pas une diffusion en salle, mais sa sortie en DVD en fait le parfait candidat pour une heure trente de détente avec biscuits, chocolat et boissons à portée de main.

À voir ici la bande annonce russe, qui montre bien ce qu’est ce film (la bande annonce française ne faisant que résumer le début).

Nikolaï Lebedev – Wolfhound / Volkodav (2006)

WolfhoundUne fois encore, nous allons présenter au public français ce qui lui est pour l’instant largement inconnu (et nous l’espérons, le restera encore longtemps), la BCF (Big Commercial Fantasy) à la russe.

Pour être honnêtes, nous n’avons pas lu le roman de Maria Semionova intitulé Volkodav (1995).

Et pour être honnêtes aussi, nous n’avons guère l’intention de le lire, s’il est du même niveau que le film de Nikolaï Lebedev qui en a été tiré, et qui est sorti en DVD en France sous le titre de Wolfhound.

Oui, vous lisez bien : Wolfhound, et non Volkodav, car la version française de ce film semble avoir été faite à partir de la version anglaise (ça coûte toujours moins cher en frais de traduction). Ainsi les noms des personnages sont translitérés à l’anglaise (par exemple Zhadoba au lieu de Jadoba), quand ils ne sont pas laissés tels quels (« Maneater » au lieu de « Cannibale »).

Mais passons sur ces petits détails un tantinet agaçants et concentrons-nous sur l’essentiel. De quoi s’agit-il ?

Le plus simple est encore de citer le synopsis fourni :

« Enfant, Wolfhound est témoin de l’assassinat de tous les membres de son clan par Zhadoba, le chef sanguinaire d’une armée de barbares. Réduit à l’esclavage, il devient un redoutable guerrier. Devenu libre, il n’a qu’une obsession : venger la mort de son clan. Il prend sous sa protection Elen, une princesse poursuivie par le même ennemi, et un jeune esclave. Ensemble, ils vont vivre des aventures fantastiques et vont devoir affronter tous les dangers. »

Là, les amateurs de littérature de l’imaginaire peuvent d’emblée faire des bonds… Serait-ce un plagiat, ou une parodie, de Conan le Barbare(1)?

Pas le moins du monde.

De même, en avançant dans le film, on découvre le faciès du grand méchant Zhadoba (car dans la BCF il y a toujours un grand méchant). Et là en encore, les mêmes amateurs peuvent refaire des bonds… Serait-ce une reprise du tristissime Skeletor des Maîtres de l’Univers ?

Là encore, pas le moins du monde.

Car les références de ce cinéma russe sont autres.

En effet, la trame de Volkodav suit de plus ou moins loin celle d’un autre film, de 1944, à savoir Kochtcheï L’immortel (Кащей Бессмертный), du maître soviétique du film fantastique, Alexandre Roou.

Jugez-en :

Kochtcheï et ses troupes attaquent un village, le brûlent, massacrent tout le monde en enlevant une jolie jeune fille. Le héros arrive trop tard et part à la recherche de Kochtcheï.

Zhadoba et ses troupes attaquent un village, le brûlent et massacrent tout le monde, sauf le héros, qui survit dans une mine, comme esclave, en se promettant de venger tout son monde.

Ici les histoires divergent : Volkodav se met au service d’une princesse, menacée par le grand méchant. Mais…

En cours de route, le héros s’arrête dans une ville et y sauve un condamné à mort, qui deviendra son compagnon de route.

En cours de route, le héros s’arrête dans un village et y sauve une condamnée à mort, qui deviendra sa compagne de route.

Dans les deux cas, les grands méchants ont un aspect squelettique. C’est d’ailleurs surtout valable pour Kochtcheï l’Immortel :

Dans les deux cas, les répères des grands méchants sont situés au sommet d’une montagne rocheuse et sans vie, et on ne peut y accéder que par un pont de pierre (amovible dans le cas de Kochtcheï) :

Dans les deux cas, évidemment, le héros vaincra le grand méchant au cours d’une bataille dans laquelle magie et force brute sont intimement liées. Et bien évidemment le héros est vainqueur et va pouvoir épouser la gentille princesse.

L’hommage au film de de Roou dans Volkodav est donc particulièrement évident, mais est-ce seulement un hommage ? En effet, Kochtcheï l’Immortel est une adaptation relativement fidèle d’un conte populaire russe qui a déjà été adapté à plusieurs reprises, en opéra par Rimski-Korsakov, mais aussi en peinture par Vasnetsov :

Mais de toute façon, qui dit conte populaire, dit forcément archétype. Et c’est bien là tout le problème de la BCF : c’est qu’elle fonctionne par archétypes le plus souvent grossiers. Avec Volkodav, nous sommes en plein dedans. Aucun cliché du genre, finalement, ne nous est épargné. Pourtant la réalisation est plus qu’honnête, les trucages impécables. On ne s’ennuie pas une seconde, tant l’action est présente (avec des épées qui font dzinng ! et des coups qui font chlock !).

Mais le niveau de réflexion est singulièrement bas, pour ne pas dire réduit à zéro.

Puisque nous citons Kochtcheï L’immortel (Кащей Бессмертный), il est possible de visionner ce film très court (64 min.) directement en ligne. C’est un film accessible même aux non-russophones, tant l’intrigue est linéaire et le jeu des acteurs expressionniste (c’est un jeu digne du cinéma muet). Et c’est un régal pour les yeux, avec des trucages extraordinaires pour l’époque.

 

(1) Notons que l’éditeur du DVD ne s’y est pas trompé puisqu’il nous a collé, en guise de musique pour le menu, le O Fortuna des Carmina Burana de Carl Orff, musique par ailleurs totalement absente du film…