Pavel Lioubimov – L’Écuyère des vagues (1967)

Ecuyère0Lorsque l’on parle du romancier russe Alexandre Grine, on pense bien souvent à son classique Les Voiles écarlates, mais l’on oublie trop L’Écuyère des vagues (ou plus correctement: Celle qui court sur les vagues, Бегущая по волнам), un roman dont l’action prend place dans l’univers fantasmagorique de Liss, que l’auteur a exploré de longues années durant, d’une œuvre à l’autre.

L’Écuyère des vagues a été adapté une première fois au cinéma en 1967 par le réalisateur Pavel Lioubimov, dans le cadre d’une coproduction soviéto-bulgare, et c’est un petit bijou.

Thomas Harvey est un pianiste renommé. Il s’est cependant engagé, avec son manager, dans une tournée épuisante (déjà vingt concerts en douze jours, et autant à venir). Tous deux prennent le train pour rejoindre leur étape suivante, mais lors d’un arrêt dans une petite gare, Harvey descend pour acheter des cigarettes et voit une étrange gravure dans le dos de la jeune vendeuse. «C’est Liss», dit celle-ci, ce à quoi Harvey répond que cette ville n’existe que dans les romans de Grine. Mais la vendeuse lui affirme que non, la ville est à moins de trente minutes en autocar.

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Subitement, Harvey abandonne tout. Il reste sur le quai alors que le train repart, et il rejoint Liss, seul et à pied. Là, sur une plage, il retrouve la jeune femme, qui vient s’avancer dans la mer, avant de s’en retourner rapidement. Elle attend quelqu’un, ou plus exactement un bateau. Harvey va alors tâcher de la retrouver, et pour cela, il embarque à bord de «L’Écuyère des vagues», un voilier dirigé par le capitaine Guez, un petit homme aussi fantasque que tyrannique. Et après une traversée mouvementée (Harvey est jeté à la mer par Guez, puis recueilli par la belle Daisy et son père), le pianiste arrive en la ville de Guel-Guiou, où se tient un formidable carnaval.

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Si l’on excepte le prologue qui ancre le film dans la réalité des années 1960, L’Écuyère des vagues est un film particulièrement fidèle à l’œuvre de Grine. Et donc il faut accepter en le regardant de perdre pied, de quitter la réalité et de se laisser embarquer dans un rêve vivant, dans lequel tout est à la fois familier et étrange. L’usage du noir et blanc ajoute d’ailleurs à cette étrangeté, et la scène de la gare, au début du film, est même tout bonnement inquiétante.

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Il s’exerce d’ailleurs sur le film une certaine influence de la Nouvelle Vague française, dans la mise en scène, elle-même servie par des acteurs brillants, avec en premier lieu le Bulgare Sava Khachimov, parfait en gentleman désabusé, perdu, mais malgré tout toujours élégant.

On notera aussi les magnifiques décors, notamment ceux concernant la ville de Guel-Guiou, et les extravagants costumes du carnaval, qui offre au passage quelques scènes étonnantes, à la limite du surréalisme. Enfin, le film est ponctué de très belles chansons douces-amères de Yan Frenkel.

L’Écuyère des vagues est au final une belle réussite, que seules quelques rares faux raccords empêchent d’être un petit chef-d’œuvre méconnu.

Le film est disponible avec des sous-titres en français chez Ruscico et chez RDM éditions. Les sous-titres sont très corrects, à l’exception du fait que le traducteur a visiblement eu du mal avec les noms à consonance plus ou moins anglaise inventés par Grine.

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