Karen Chakhnazarov – Le Tigre blanc (2012)

Tigre1Quelque part sur le front de l’Est. Des soldats soviétiques avancent parmi les restes d’un groupe de chars détruits. Certains continuent de baisser la tête au moindre bruit de tir. D’autres n’en ont plus rien à faire. Des équipent s’efforcent d’évacuer les carcasses métalliques. Mais dans un de ces chars, impossible de faire quoi que ce soit: le tankiste, toujours vivant, a les mains collées aux manettes. Brûlé à 90% il est évacué vers un hôpital de campagne, où personne ne croit en sa survie.

Et pourtant… En peu de temps, ses brûlures cicatrisent et disparaissent. Devenu amnésique, le tankiste est d’abord un objet de curiosité médicale, avant d’être tout bonnement renvoyé au front. Il y croise un agent du renseignement qui enquête sur un mystérieux char allemand, un Tigre peint en blanc, qui fait des ravages dans les rangs soviétiques sans pouvoir être détruit ou capturé. C’est ce char qui a détruit celui de l’amnésique, lequel va alors accepter d’être le pilote d’un nouveau modèle expérimental, et de traquer le monstre coûte que coûte. Pour cela, on placera sous ses ordres un pointeur d’élite et un canonnier yakoute alcoolique mais rapide et increvable.

kinopoisk.ruÉtrange film que Le Tigre blanc de Karen Chakhnazarov. Systématiquement présenté comme un film de guerre, il n’en est pas un. On notera d’ailleurs que les seuls soldats allemands qui apparaitront à l’écran sont des prisonniers. C’est un film fantastique, allégorique, une variation sur le thème de Moby Dick, dans laquelle la baleine est un char tigre fantômatique, et le capitaine Achab un pauvre et banal soldat soviétique dont le seul but dans la vie va être de traquer le monstre. Un soldat étrange, cependant, de par son pouvoir inédit de guérison, de par sa faculté d’éviter les tirs ennemis due au fait qu’il « écoute ce que le char lui dit ». Il a son propre dieu, le dieu des chars, qui trône dans le ciel sur un char d’or. Un paumé. Tout le monde le croit fou.

kinopoisk.ruMais le Tigre blanc est plus qu’une version moderne du cachalot. C’est une allégorie du fascisme, un monstre qu’il faut abattre à tout prix, qu’il ne faut jamais cesser de combattre. Chakhnazarov distille d’ailleurs un message surprenant. Les attaques du Tigre blanc surviennent toujours de l’arrière. Une manière de dire que le fascisme peut aussi bien ressurgir en Russie qu’ailleurs.

kinopoisk.ruCe film n’est pas sans défaut. L’ultime scène dévoile bien trop de choses et aurait méritée d’être coupée. Cependant, c’est un film prenant, livrant des scènes souvent remarquables: celle du combat dans le village en bois, celle de la capitulation allemande. Les acteurs, au physique banal – ce ne sont pas des héros hollywoodiens – sont excellents. Chakhnazarov excelle aussi à nous montrer ce qu’était qu’être tankiste: un cauchemar! Trois hommes serrés comme des sardines dans une boîte crasseuse, condamnés à périr brûlés si un obus venait à percer le blindage de leur engin. Le réalisateur, sur ce point, ne nous épargne rien.

Le Tigre blanc est sorti en France en DVD sous le titre anglais de White tiger. Une fois encore, les sous-titres (et sans doute aussi la VF, que je n’ai pas regardée), sont traduits de l’anglais, mais pour une fois, c’est plutôt bien fait et cela n’occasionne pas trop de dégâts.

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