Peter Fleischmann – Il est difficile d’être un dieu (1989)

L’art de coproductions internationales est difficile. Si de notre point de vue Eolomea, qui mettait en action une équipe et des acteurs venus de nombreux pays, était une réussite, Il est difficile d’être un dieu de Peter Fleischmann (Трудно быть богом, 1989, sorti en France sous le titre de Un Dieu rebelle) a longtemps eu la réputation d’un film raté. Il faut dire que Jean-Claude Mézières, le dessinateur de Valérian, qui était chargé des story-boards et du design des costumes, ne se priva pas d’en parler comme d’un « grand film malade », et que de leur côté, les frères Strougatski avaient protesté contre le fait que ce soit Fleischmann qui soit chargé de la réalisation, eux qui avaient toujours voulu Alexeï Guermann.

Trudno1Qu’en est-il exactement ? Sur une planète lointaine, il existe une civilisation qui pourrait être celle de l’Europe à la fin du Moyen Âge. Les premiers savants humanistes commencent à percevoir l’univers comme autre chose qu’une création divine. Mais dans un royaume, Arkanar, une milice aux ordres de Reba, conseiller du roi, emprisonne et assassine tous les intellectuels. Observateurs de cette situation, des Terriens, envoyés par un institut d’histoire, sont là pour enregistrer tout. Pour cela, ils occupent une base orbitale, mais aussi ils envoient des hommes chargés de s’intégrer dans la société, et de tout voir, sans pour autant intervenir. Anton (Alan dans la version internationale), est l’un d’eux. Il se fait passer pour Roumata d’Estor, un noble d’une lointaine province fraîchement arrivé dans la capitale. Mais très vite, Anton ne va plus pouvoir supporter cette situation, au point de vouloir sauver à tout prix un éminent savant.

Trudno2Il est difficile d’être un dieu n’est pas un chef-d’œuvre. Il sent son époque, notamment au niveau sonore, alors que la musique fleure bon les années 80. On notera aussi quelques maladresses : comment expliquer que des êtres qui ont voyagé d’une étoile à l’autre se servent d’un simple hélicoptère militaire à peine maquillé pour ensuite explorer l’autre planète ?

Trudno4Mézières était déçu par les costumes, déclarant que l’équipe soviétique n’avait finalement pas fait grand usage de ses dessins, mais pourtant ceux que l’on voit dans le film sont parfaitement adaptés au propos. Lorsque l’on jette un œil aux esquisses, on note un raffinement qui n’a pas sa place au royaume d’Arkanar, où la brutalité fait loi. Cette brutalité, Fleischmann la rend parfaitement bien, par les décors, crasseux à souhait, et par les personnages, tout aussi crasseux. Jusqu’aux dernières minutes, il est parfaitement fidèle, jusqu’à la servilité, au propos des frères Strougatski. Il ajoute cependant un élément absent du roman : à plusieurs reprises, il nous fait part des remarques des observateurs orbitaux, qui, par l’œil d’Anton, vont eux aussi se mettre à éprouver des sentiment et à vouloir agir.

Trudno3Pas un chef-d’œuvre, certes, mais finalement un bon film, une heureuse surprise, servie par un casting international proprement hallucinant, formé d’acteurs de pas moins de sept nationalités différentes (Russie, Ukraine, France, Pologne, Autriche, Allemagne, Géorgie) ! Il fallait quand même être un bon réalisateur pour faire jouer tout ce monde-là sans que ça parte dans tous les sens.

Longtemps indisponible, le film est finalement sorti en DVD il y a quelques années : nous ignorons ce qu’il vaut, ayant vu la version russe.

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