Dmitri Gratchev – Le Calculateur (2014)

Titanium0Voilà encore un film de SF russe sorti directement en DVD en France, avec à la clé un changement de titre, puisque Le Calculateur (Вычислитель), de Dmitri Gratchev, est devenu, on ne sait pourquoi, Titanium. Enfin si, on sait pourquoi : alors que dans la version originale, la planète où se passe l’histoire s’appelle XT-59, en français elle devient Titanium. Sans doute que ça faisait plus classe. Mais notons tout de même un progrès par rapport aux autres DVD de ce genre : ici, le film a semble-t-il bien été traduit directement du russe, et non comme d’ordinaire de la version internationale anglaise. Cela nous évite donc les habituelles approximations et autres contresens. On déconseillera par contre le visionnage de la bande-annonce française : on y trouve des tas choses (propos, sons, et même certaines images) qui ne sont pas dans le film. C’est sans doute en partie la cause de la multitude de commentaires critiques que l’on peut trouver en ligne : « navet », « mauvais film », « lent », « effets spéciaux ratés », « incohérences scénaristiques », « sans originalité », etc. Mais est-ce tout à fait vrai.

Bref, de quoi est-il question ?

kinopoisk.ru

Le cube, au milieu, c’est le Président. Visuellement, on reconnaît la patte de Fedor Bondartchouk, producteur du film.

Dans un futur indéterminé, l’humanité s’est répandue dans l’espace et a colonisé toutes les planètes habitables, même les pires. XT-59 (Titanium donc dans la version française) fait partie de ces pires : elle est recouverte de sortes de marécages habités de formes de vie hostiles. Mais on y a quand même installé une cité-état, à l’image de ce monde : froide, déshumanisée, sous l’emprise d’un système dictatorial qui règle la vie de chaque citoyen jusque dans son intimité. Ceux qui se rebellent ne sont pas condamnés à mort, mais c’est tout comme : on les abandonne aux marécages, avec un minimum de matériel. À charge pour eux de s’en sortir. Leurs seuls espoirs : atteindre le relais de la Charogne, un endroit relativement sauf habité par quelques survivants, ou mieux, parvenir jusqu’à la mythique île du Bonheur, que personne n’a jamais vu.

Nous suivons donc tout un groupe de personnes, hétéroclite. Parmi elles : un truand qui a déjà fait plusieurs allers-retours jusqu’au relais de la Charogne, un prédicateur, une jeune femme qui a tué le mari qu’on lui avait assigné, et un homme étrange, froid, « calculateur », qui tout de suite cherche à faire bande à part. Mais comme pour progresser dans le marais, il faut être deux, il laisse la meurtrière l’accompagner. Et on se rend vite compte qu’il semble connaître particulièrement bien les lieux. Qui est-il donc ?

kinopoisk.ru

Revenons sur les critiques faites à ce film. « Sans originalité » ? Oui, et non. Certes l’histoire de survie d’un groupe en milieu hostile n’a rien d’original. Mais là où, à Hollywood, on aurait balancé tout le groupe armé jusqu’aux dents dans une jungle du Honduras, ici, le groupe n’a quasiment rien : des perches, des cordes, deux ou trois rations et un couteau, et il est largué dans un paysage qui est celui d’une plage volcanique d’Islande. Autrement dit, tout est noir, gris, sale, et Dmitri Gratchev parvient avec ça à produire des images souvent surprenantes.

« Lent ». Oui, mais pas tant que ça. Et là encore, ce n’est pas un film hollywoodien, dans lequel tout serait allé à toute vitesse, à grand renfort d’explosions et de giclées de sang. C’est un film russe, européen : on prend le temps d’y mettre les choses en contexte.

« Effets spéciaux ratés ». Non, du tout. Ils sont rares : Gratchev est économe sur ce point et il a raison. À force de voir des films de SF tournés sur fond vert, on en a parfois perdu le sens des réalités. Ici, nous avons justes quelques incrustations sur le décor naturel, et c’est très bien ainsi. En ce sens, les effets spéciaux sont réussis, et les créatures franchement originales.

« Incohérences scénaristiques ». Si l’on prend le temps d’aller jusqu’au bout du film (ce que certains n’ont sans doute pas fait), on se rend compte que ce qui peut paraître incohérent ne l’est pas tant que ça, et la fin est même plutôt roublarde. Après tout, c’est basé sur un court roman d’Alexandre Gromov, qui est tout sauf un mauvais auteur.

Au final, est-ce un navet ? Non, certainement pas. C’est un film fauché, tourné en quelques jours (d’où peut-être le fait que certains acteurs ne sont pas très bons), mais qui tente de faire au mieux avec son minuscule budget, et à ce titre, ça se laisse voir.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s