Filipp Yankovski – The Sword Bearer (2006)

4097608740Il y a des films sur lesquels nous sommes portés à avoir un a priori positif. Ainsi en est de The Sword Bearer (Меченосец, 2006), de Filipp Yankovski. D’abord du fait du réalisateur, dont nous avons déjà vu Le Conseiller d’État (Статский советник, 2005), un film historique adapté de Boris Akounine et de fort bon aloi. De plus, The Sword Bearer est lui-même adapté d’un roman éponyme de Evguéni Danilenko, oeuvre que nous n’avons pas pris le temps de chroniquer ici, un récit sombre, très sombre, à l’ambiance pesante mais de bonne facture. Et quand en plus nous voyons que les deux rôles principaux sont tenus par Artem Tkatchenko et surtout par la merveilleuse Tchoulpan Khamatova (que le public français a pu découvrir dans Luna Papa et surtout dans Goodbye Lenin), il n’est plus guère possible de faire l’impasse sur ce film.

Sacha est un monstre. De son bras droit, il peut faire sortir une lame incassable, de la longueur qu’il veut. Sa mère a divorcé d’un premier mari qui ne lui a jamais versé de pension, et s’est remariée avec un alcoolique. Et par deux fois, dans son enfance, Sacha a tué. D’abord un marginal qui voulait agresser une amie ; puis son beau-père qui voulait battre sa mère. Doté d’une force colossale, il est devenu incontrôlable. Pourtant, il parvient à garder le secret sur son pouvoir. D’abord viré de son collège, marginalisé, puis devenu adulte il est encore dépendant de sa mère, qu’il aime par-dessus tout. Mais un jour, alors qu’il revoit une amie d’enfance, il est sauvagement agressé par le fiancé de celle-ci, le fils d’une mafieuse. Pris de colère impulsive, il massacre le fiancé en question et son chauffeur, à coups de barre de fer, sous les yeux de son amie.

Commence alors une longue fuite en avant. Pourchassé autant par la police que par les mafieux qui veulent lui faire la peau, il égrène les morts sur son chemin jusqu’à rencontrer, au dernier étage d’un immeuble sur le toit duquel il a vainement tenté de se trancher le bras, Katya, une jeune femme qui par son seul amour parviendra un temps à le stabiliser.

Sous d’autres cieux et dans d’autres studios de cinéma, un personnage doté de pouvoirs comme ceux de Sacha aurait été affublé d’un costume ridicule et serait devenu un superhéros ou un super-vilain. De fait, en lisant le résumé du film tel qu’il est proposé un peu partout, on serait tenté de penser à un mélange de Hulk et de Wolverine : rien ne serait plus faux. Danilenko, et à sa suite Yankovski, ont fait de Sacha un homme, autrement dit une anomalie dont les autres enfants ont peur, puis un marginal, et enfin un tueur. Le pouvoir de Sacha est sa malédiction, et sa vie sur terre est un enfer. Les catalogues de cinéma russe ont d’ailleurs eu bien du mal à classer The Sword Bearer : fantastique ? action ? thriller ? mélodrame ? En fait tout cela en même temps, et c’est ce qui fait la force du film. Film fantastique, puisque le personnage principal est doté d’un pouvoir extraordinaire, qu’il tente de cacher aux yeux de tous. Action et thriller : sa fuite puis sa lutte contre la mafia et la police relève bien de ces genres, même si l’enquête reste en arrière-plan et si les scènes de combat sont remarquablement courtes – quelques secondes – même toujours terriblement efficaces, voire parfois choquantes de cruauté. Mélodrame, enfin et surtout, car il s’agit là d’une formidable histoire d’amour entre Sacha et Katya, une jeune femme qui accepte de le suivre quoi qu’il arrive, même si cela doit être au prix de sa santé mentale.

Si nous regrettons quelques raccourcis scénaristiques – mineurs cependant –, et un final pas tout à fait à la hauteur au niveau des effets spéciaux, nous ne pouvons cependant que constater que The Sword Bearer est un beau et riche film, qui peut sembler lent, mais dans lequel il se passe une foule de choses. Servi par de bons acteurs, une belle image, des idées de mise en scène troublantes, notamment pour suggérer la violence plus que la montrer, il se classe pour l’instant, à nos yeux, dans ce qui s’est fait de mieux en matière de fantastique russe ces dernières années.

The Sword Bearer n’est a priori pas sorti en France. On peut cependant trouver sur internet une version doublée en français dont nous ne connaissons pas l’origine. Force est de reconnaître que ce doublage, fait par des acteurs insipides, dessert le film. Pour les anglicistes, un DVD avec sous-titres anglais est cependant disponible.

 

Alexandre Voïtinski et Dmitri Kisseliev – Black Lightning, l’éclair noir (2009)

1170280677Un richissime industriel tente de procéder sous Moscou même à un forage qui doit lui permettre d’atteindre des diamants. Mais une roche particulièrement dure l’en empêche. Il faut pour sa foreuse une source d’énergie autrement plus puissante que celle dont il dispose actuellement.

Dans le même temps, des ouvriers sur un chantier de construction découvrent un ancien laboratoire secret, avec à l’intérieur une antique Volga noire, intacte et parfaitement conservée. L’un d’eux se la réserve afin de la revendre.

Et pendant ce temps-là, Dmitri, un étudiant un peu coincé, issu d’une famille modeste dont le père est simple conducteur de tramway, rêve d’avoir une belle voiture afin de draguer les filles, ou du moins une fille, une nouvelle arrivée à l’Université, qu’un de ses camarades détourne sous ses yeux après lui avoir montré son iPhone et sa Mercedes.

Et lorsque le père de Dmitri offre à ce dernier l’antique Volga pour son anniversaire, c’est l’humiliation ultime. Pas question d’arriver à l’Université à bord d’une telle boîte à savon.

Sauf que la voiture vole…

Black Lightning – l’éclair noir (Черная молния, 2009) est un film qui a été souvent présenté comme le premier film de superhéros russe. Produit par Timur Bekmambetov (Nightwatch, Daywatch…) mais réalisé par Alexandre Voïtinski et Dmitri Kisseliev, ce film avait de quoi faire peur. Un superhéros avec une Volga volante. Et pourquoi pas une Lada ? Bref, il avait tout pour faire Coccinelle du pauvre. Sauf que non. Évidemment, il a bien des défauts. Le scénario s’inspire assez largement du Spiderman de Sam Raimi, et il y a certaines incohérences scénaristiques un brin curieuses. Mais Black Lightning est avant tout un produit commercial, tout comme ses homologues américains, et dans ce registre, il est plutôt réussi, et se situe même dans le haut du panier.

Certes, le seul personnage féminin majeur est une greluche sans cervelle, certes les étudiants mâles sont d’authentiques neuneus persuadés qu’une grosse voiture est plus utile qu’une grosse cervelle. Certes aussi, le film est ouvertement réactionnaire – là encore comme ses homologues américains – en ce sens qu’il est nostalgique d’un certain passé fantasmé, d’une URSS où tout le monde s’entraidait et dont on pouvait être fier des réalisations scientifiques.

Mais à côté de ces aspects négatifs là, on trouve un humour constant, qui vient les contrebalancer, et même aider à les surpasser. La scène du premier décollage de la voiture est tout bonnement hilarante. Les apparitions récurrentes des alcooliques sont réellement drôles.

Et puis surtout, les scènes d’actions sont parfaites, absolument spectaculaires. Le combat final, par exemple, est un morceau d’anthologie cinématographique, qui n’a peur d’absolument aucune énormité, tout en restant à la fois beau et prenant. Au final, on en retiendra qu’il ne s’agit certainement pas d’un chef-d’œuvre, mais cela reste du très grand spectacle, à savourer en famille.

Richard Viktorov – L’Épineux chemin des étoiles (1981)

L’écrivain Kir Boulytchev, en plus d’être immensément populaire en Russie pour ses romans et nouvelles, était aussi scénariste pour le cinéma. Non seulement ses oeuvres ont été régulièrement adaptées, mais il a aussi travaillé à des scénarios inédits ou presque (le film dont nous allons parler ci-dessous ayant de fait une vague ressemblance avec une des nouvelles de l’auteur).

Ainsi, en 1981, les studios Gorki ont sorti le film L’Épineux chemin des étoiles ( Через тернии к звёздам), connu aussi en anglais sous les titres The Hard way to the stars ou The Thorny way to the stars. Ce film de Richard Viktorov, en deux parties et d’une durée totale de 2h20, n’est jamais sorti en France, bien qu’apparemment il ait été diffusé au Canada avec un titre français (Dans les Épines vers les étoiles).

1845514640Résumons un peu. Un vaisseau spatial rencontre par hasard l’épave d’un vaisseau inconnu. Lors de l’exploration de celui, l’équipage découvre les cadavres d’humanoïdes dans une sorte de laboratoire de clonage, et, à leur grande surprise, une survivante restée dans une combinaison spatiale alors que le vaisseau inconnu a été endommagée il y a au moins plusieurs mois.

1686046896La survivante en question s’avère être une jeune femme, grande et filiforme, incapable de parler et pourtant douée d’étrange pouvoirs, comme la téléportation ou la faculté de mouvoir les objets à distance. Très vite, on se rend compte qu’elle est artificielle, et qu’il est possible, à l’aide d’un appareil électronique, de contrôler son corps contre son gré.

Un scientifique propose alors de la placer dans un milieu humain agréable et sans contraintes, afin de l’amener petit à petit à communiquer. Bien évidemment, il s’agira de sa maison et de sa propre famille, autrement dit, ses parents, l’inévitable robot domestique, et surtout son fils, d’une vingtaine d’années, un cadet de l’espace qui ne tardera pas à éprouver des sentiments pour la jeune inconnue.

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Une maison du futur à la mode soviétique…

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… et le robot domestique, très efficace malgré son apparence, car doté d’un IA rudimentaire.

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Petit à petit, la jeune femme va retrouver la mémoire, et se souvenir qu’elle vient d’une planète cauchemardesque, presque totalement détruite par la pollution, et sur laquelle les habitants, réfugiés sous terre, ne peuvent plus sortir qu’avec un masque à gaz.

515857360Le degré de pollution est si fort que nombre d’enfants naissent avec des déformations, y compris au visage, ce qui les obligent à vivre en portant un masque aux traits neutres.

Comme de fait exprès, une délégation venue de ce monde est présente sur Terre, afin de demander une assistance scientifique. Et un vaisseau expérimental, spécialisé dans les travaux de dépollution, va être envoyé, avec bien sûr à son bord le jeune cadet, et notre inconnue, parvenue à y monter clandestinement et finalement acceptée par l’équipage.

Drôle de film que celui-là. D’abord parce qu’il est d’une laideur absolue. La photographie est immonde, et le montage semble avoir été fait à la hache. Enfin la réalisation est d’une platitude extraordinaire. Et pourtant, les acteurs sont excellents, les trucages impécables pour l’époque et surtout pour une production qui ne bénéficie pas de moyens hollywoodiens: nous sommes ici dans le royaume de la débrouille, et finalement, ça passe bien.

Mais ce qui fait tout l’intérêt de L’Épineux chemin des étoiles, est son scénario. Qui n’a pas pris une ride. Certes, le message politique qui se dessine dans la seconde partie est simplitiste, mais il faut bien dire que le film a été produit par la branche des studios Gorki spécialisée dans le cinéma pour enfants. Ce qui importe surtout est l’aspect écologique: ce film fait peur. Il parle de la pollution chimique de l’atmosphère, de l’effet de serre, de la disparition de la vie du fait des activités humaines, en montrant un monde qui pourrait être le nôtre dans quelques décennies. Rappelons que nous sommes en 1981, et qu’à l’époque, le message écologique est encore rare dans la Science Fiction, si l’on fait exception de l’oeuvre de John Brunner (Tous à Zanzibar, Le Troupeau aveugle…) et des auteurs « politiques » français. Le seul film antérieur qui soit chargé d’un message aussi fort restant l’excellent et hélas trop méconnu Silent Running de Douglas Trumbull.

Ce qui frappe aussi le spectateur est la précision de l’arrière plan culturel, une précision qui n’est pas démonstrative: tout passe comme au naturel. Ainsi , par exemple, voit-on des gens employer de manière routinière une base de données informatisée, d’autres vivant dans une maison dont la domotique est particulièrement avancée tout en proposant un cadre traditionnel (le bois est omniprésent). Le vaisseau spatial lui-même est développé sous forme de soucoupe (car dans l’espace un « avant » et un « arrière » n’ont aucun sens). Rien n’est invraisemblable dans ce film, qui du coup vaut largement le détour.

Comme nous l’avons dit plus, le film n’est jamais sorti en France, et la compagnie RUSCICO ne l’a pas encore intégré à son catalogue.

A. Samokhvalov et B. Rostov – Nous sommes du futur 2 (2010)

Nous sommes du futur, réalisé en 2008 par Andreï Malyoukov, était une belle surprise : un beau film, avec un propos fort. Nous étions donc bien décidés à voir ce deuxième volet, même si nous ne pouvons que trouver surprenant le fait que le réalisateur ait changé, ainsi que l’immense majorité des acteurs, à commencer par celui qui tenait le rôle de Bormann, remplacé ici par Igor Petrenko, un acteur qui sait être très bon même s’il a trop souvent tendance à se cantonner à des films d’action.

1377506709Curieusement, Nous sommes du futur n’appelait pas de suite. Mais ici, la nouvelle équipe imagine Bormann devenu enseignant à l’Université de Saint-Pétersbourg, tandis que Crâne continue ses investigations historiques sur la Seconde Guerre mondiale. Mais voilà que ce dernier découvre que Nina, la jolie infirmière dont Bormann était tombé amoureux en 1942 lors du siège de Léningrad, n’est finalement pas morte : elle était encore présente quelques mois plus tard sur le front ukrainien. Les deux hommes décident alors de tenter d’en savoir plus, et se rendent à un festival qui doit commémorer la bataille de Brody, qui, en 1944, opposa l’Armée rouge aux troupes de l’Axe, et notamment à la division SS Galicie, dont les membres étaient des volontaires ukrainiens. Bien entendu, Bormann, Crâne et deux Ukrainiens néonazis vont se retrouver propulsés au cœur des événements.

Quelle purge que ce film ! Il n’y a pas d’autres mots. La réalisation est mollassonne, les scènes de combat sont inintelligibles, la musique est horripilante et totalement hors de propos. Et les acteurs font ce qu’ils peuvent alors qu’ils ne semblent plus y croire. Le scénario lui-même n’apporte absolument rien : tout a été dit, et bien dit, dans le premier film. Mais il y a pire : le propos idéologique. Là où le premier film était équilibré, fustigeant tout autant le nazisme que l’aveuglement stalinien de l’encadrement de l’Armée, le deuxième, lui, a tout de suite désigné ses méchants : les Ukrainiens. Les actuels, néonazis, les anciens, membres de la division SS susdite, ou bien de l’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) – laquelle, même si elle eut un rôle très trouble durant la guerre, combattit pourtant tout autant les troupes allemandes que soviétiques. Nous sommes du futur 2 est donc un film binaire, idéologique, qui sous couvert de vouloir rappeler que Russes et Ukrainiens sont frères, montre que les uns sont les grands frères des autres.

Pavel Sanaiev – Hooked 2 Next level (2010)

Hooked 2 Next Level (На игре 2. Новый уровень) est le deuxième volet du film de Pavel Sanaev. Nous n’en résumerons pas l’action : ce deuxième volet est la suite immédiate du premier. Il ne s’agit que d’un seul et unique film juste coupé en deux en raison de sa longueur.

Autant le dire tout de suite : ce deuxième volet tient toutes les promesses du premier. Il ne s’agit toujours pas d’un chef-d’oeuvre (on peut regretter notamment certains choix de mise en scène comme la lumière bleue, très artificielle, des séquences nocturnes), mais d’un remarquable film d’action soutenu par des acteurs bien meilleurs que dans la plupart des productions russes de ce type et par un scénario cohérent et réservant au spectateur quelques surprises.

La bande annonce de Hooked 2 (VO sous-titré anglais)

Le volet 2 accentue évidemment l’opposition entre Vampire, pris de remords et déterminer à stopper tout, et Doc qui au contraire s’enfonce de plus en plus dans son rôle de tueur sans pitié, de monstre. Cette opposition entre deux amis d’enfance n’est pas sans en rappeler une autre, bien plus célèbre : celle de Kaneda et de Tetsuo dans le manga Akira de Katsuhiro Otomo. La ressemblance entre Doc et Tetsuo ne s’arrête pas au comportement, elle est aussi physique : la coiffure, l’attitude, tout y est. Un choix visiblement assumé et très bien venu.

Notons pour finir que le diptyque Hooked a suffisamment bien marché en Russie pour donner lieu en 2012 à une série télé, Gamers, mais qui n’est plus réalisée par Sanaev, et ce que nous avons pu en voir tend à montrer que c’est bien un bon cran en dessous.

 

Pavel Sanaiev – Hooked (2009)

2693308365Pavel Sanaev (ou Sanaiev selon la translittération) n’est connu en France que pour un roman, Enterrez-moi sous le carrelage, paru en 2009 aux éditions Les Allusifs. Mais en Russie il est aussi est surtout un réalisateur, et notamment d’un blockbuster, На Игре (Dans le Jeu), film en deux volets dont le premier vient tout juste de sortir en français sous le titre de Hooked. Oui, c’est décidément une sale manie des distributeurs français que de sortir les films russes avec un titre en anglais. Passons.

Hooked fait peur, il est vrai, car l’esthétique de sa jaquette (pour une fois le distributeur est resté fidèle à l’original), le fait se placer dans ces films de grosse action qui nous arrivent maintenant régulièrement en direct to DVD, avec parfois de bonnes surprises, comme Contagion – Paragraph 78, mais surtout de sombres et lamentables navets à l’instar de The Interceptor.

Par chance, Hooked se classe clairement dans la première catégorie.

L’action se passe à Nijni-Novgorod, sans doute dans un futur proche, et dans un milieu de hardcore gamers, c’est-à-dire de jeunes passionnés de jeux vidéo (ici Counter Strike), au point de participer en équipe à des tournois. Or à l’issu de l’un d’entre eux, qu’ils ont brillamment remporté, ils se voient offrir une fort jolie somme, mais aussi un tout nouveau jeu, la création d’un studio local. Mais le jeu en question n’en est pas un, et lorsque chacun d’entre eux va tenter de l’installer sur son PC, ils se retrouveront dotés de capacités physiques similaires à celles de leurs personnages ordinaires : rapidité de mouvement, précision de tir, réflexe, tout leur est donné. Ils s’en rendront compte les uns après les autres par hasard (dans un stand de tir, lors d’une bagarre ou d’une partie de paintball). Et très vite, ils se rendront compte de leur statut, dont ils vont essayer de profiter en tentant de faire chanter le groupe de mafieux local, avant de se faire récupérer par les services spéciaux.

Sanaev réussi là un fort bon film. Son scénario se tient remarquablement bien. Sa réalisation pèche parfois par l’abus de plan facile tels qu’on peut en voir des milliers dans les films d’action ordinaire, mais il y ajoute un petit plus qui fait que la sauce prend : les héros sont des gamers, et donc la mise en scène est celle d’un gamer. Par exemple, lorsque quatre d’entre eux se retrouvent coincés dans un hangar, à affronter une cinquantaine de mercenaires avec juste de fusil de paintball, le réalisateur opte pour un angle de vue qui est celui des FPS (First Person Shooter), autrement dit des jeux comme Stalker : on voit l’arme directement de derrière, mais pas celui qui la tient, seulement sa main.

La scène en question (en russe)

La décente aux enfers des héros malgré eux de cette histoire est aussi bien menée : ces jeunes pieds tendres qui ne vivent que pour le jeu, vont devoir se rendre compte que lorsqu’ils tuent quelqu’un, il ne s’agit pas d’un simple frag. Si certains sont tentés de mener la belle vie avec filles et argent faciles, cela ne durera qu’un temps. La façon de présenter le rôle des services spéciaux est aussi intéressante, puisque les gamers se retrouvent finalement à la place occupée d’ordinaire par des drogués obligés de faire les basses œuvres sous peine d’être dénoncés. Hooked constitue au final non seulement un bon film d’action, mais qui en plus fait réfléchir après le visionnage.

Mais venons-en maintenant à la version française. Nous avons vu déjà la question du changement de titre, avec remplacement par un titre anglais. Mais ça va plus loin. La jaquette nous annonce en audio : « version originale / version française ». Sauf que la version dite originale… est en anglais ! Et l’on devine que la version française a été traduite (mal) de l’anglais.

De plus, il n’est indiqué nulle part qu’il ne s’agit que du premier volet d’une dilogie, et lorsque l’on arrive à la fin, on tombe en plein sur un joli cliffhanger et un panneau qui indique – en russe – « à suivre ». Il faut donc connaître le russe pour savoir que ce n’est pas fini.

Bref, ça commence à bien faire, ce genre de jeu de massacre qui n’épargne quasiment aucun film russe arrivant sur le marché français.

 

Alexandre Ptouchko – Sadko (1952)

Les cinéphiles occidentaux connaissent bien le travail de Ray Harryhausen, ce maître de l’animation image par image, qui produisit avec Charles H. Schneer 14 films comme Le Septième voyage de Sinbad ou Jason et les Argonautes, qui sont restés des classiques du cinéma populaire. À la même époque, l’URSS eut Alexandre Roou et Alexandre Ptouchko. L’un comme l’autre se sont spécialisés dans l’adaptation de contes et légendes issus le plus souvent du folklore russe, et à ce titre ils sont des exceptions au sein du cinéma soviétique d’après-guerre, plus porté sur le réalisme. Ils introduisent un merveilleux et une fantaisie qui n’ont alors pas d’équivalent. Et surtout, l’un comme l’autre développeront des trésors d’ingéniosité dans le domaine des trucages : c’est à ce titre qu’ils peuvent être considérés comme des figures égales à Harryhausen. Il faut dire que Ptouchko a commencé sa carrière par des films d’animation image par image : l’utilisation de ce procédé ne pouvait être que naturelle par la suite.

4238752539Avec Sadko (Садко, 1952), Ptouchko entend porter à l’écran un opéra de Rimski-Korsakov, lui-même basé sur une byline, un chant épique russe. Nous sommes à Novgorod. De riches marchands dominent la ville, alors que la majorité de la population vit dans la pauvreté et est parfois même contrainte de se vendre en esclavage. Seul finalement Sadko, un joueur de gouzli (sorte de cithare russe), rêve. Il rêve de bonheur pour tous, un bonheur que l’on pourrait acquérir en allant chercher un oiseau merveilleux, aux confins du monde. N’arrivant pas à convaincre les marchands de l’utilité de ce voyage, il se retrouve à chanter tristement au bord du lac Ilmen, où la fille du roi des mers l’entends, et se propose de l’aider. Devenu subitement riche, après avoir défié les marchands et provoqué comme une révolution dans la ville, Sadko arme son expédition de trois navires, et s’embarque à la recherche de l’oiseau du bonheur, d’abord en Scandinavie, puis en Inde.

153525723Il serait vain de dire que Sadko n’accuse pas son âge : les acteurs jouent carrément faux, incapables qu’ils sont de sortir d’un mode d’expression grandiloquent, si fréquent dans les films soviétiques d’alors. Tout y est maniéré, exagéré. Mais il n’empêche : Sadko, avec ses couleurs, ses décors somptueux, ses trucages parfois fabuleux (voir par exemple la séquence de l’oiseau Phénix) offre au public du rêve à l’état pur. Et le jury du festival de Venise ne s’y est pas trompé en attribuant en 1953 au film le Lion d’Argent.

1944506043Sorti cette même année en France sous le titre Le Tour du monde de Sadko, il faudra cependant attendre 1962 pour que le film apparaisse sur les écrans américains. Et encore : tombé sous la coupe de la société de production de Roger Corman, et confié aux bons soins d’un Francis Ford Coppola débutant, il deviendra, par la magie de multiples coupes et d’un doublage étonnant, The Magic Voyage of Sinbad !

1317463819Il n’empêche que c’est probablement ce film qui a inspiré l’un des chefs d’oeuvres du tandem Harryhausen / Schneer : Jason et les Argonautes, réalisé en 1963 par Don Chaffey. Certes, les deux films se basent sur un fonds mythologique commun : celui des récits de navigations merveilleuses indo-européennes (cf. les voyages d’Ulyssse, de Maeduin, de Bran, etc.). Mais il n’empêche que l’on retrouve des séquences communes : la sélection des compagnons (épreuves de jeux pour Jason, épreuve de la vodka suivi d’un coup sur l’épaule pour Sadko) clôturée par l’arrivé d’un candidat faible physiquement, mais astucieux ; la scène du palais exotique (en Colchide pour Jason, en Inde pour Sadko), avec sa traditionnelle danse. Enfin, il faut noter que le propos de Jason sur l’objet apportant le bonheur qu’il faut conquérir dans un pays lointain est à l’exact opposé de celui de Sadko sur le même sujet. L’un est une réponse à l’autre !

Le Tour du monde de Sadko est actuellement disponible chez Bach Films, à un tout petit prix. Il s’agit cependant d’un pressage issu d’une copie française doublée, non restaurée : la qualité de l’image y est donc hélas faible.

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Marek Piestrak – Le Test du pilote Pirx (1979)

Passons à une coproduction polono-soviétique de 1979, Le Test du pilote Pirx (Test pilota Pirxa, en russe Дознание пилота Пиркса), de Marek Piestrak, adapté d’un récit de Stanislaw Lem, « Le Test ».

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Coproduit donc par le studio estonien Tallinfilm et son homologue polonais Zespol Filmowy, Le Test du pilote Pirx se veut une superproduction, une sorte de film de science-fiction complet, rassemblant espionnage, aventure spatiale, cybernétique, et même métaphysique. Dans un avenir proche, l’idée est lancée d’envoyer une expédition vers Saturne, dans un vaisseau dont l’équipage serait constitué pour moitié d’androïdes qu’on ne peut officiellement pas distinguer des humains sans les ouvrir. Les débats sont d’abord houleux, sur le choix du capitaine, sachant que celui-ci ne sera pas mis au courant de qui, à bord, est humain et qui ne l’est pas. Il faudra donc quelqu’un aux nerfs particulièrement solides, d’autant plus que les androïdes sont encore en phase de test, et qu’il est possible que l’un d’eux puisse se détraquer.

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L’action du film se débutant aux USA, on aura hélas le droit au poncif anticapitaliste, à savoir que les sociétés chargées de l’organisation de l’expédition s’opposent sur le choix du capitaine, et que cette opposition va se manifester en véritable lutte digne d’un James Bond, avec filature, course-poursuite en voiture, des scènes bien faites, mais qui finalement tombent mal à propos et ne servent en rien l’objet du film.

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Il faut donc passer un bon quart du temps avant d’atteindre enfin la séquence d’envol. Et la première chose qui saute aux yeux, sans doute est-ce dû à la partie polonaise de la production, c’est qu’on est loin du luxe relatif qu’on trouve régulièrement dans les vaisseaux soviétiques. Ici, tout est gris, marron, terne, bref, militaire.

724844969-2On regrettera malheureusement qu’une fois encore, malgré une réalisation soignée, les effets spéciaux soient loin d’être toujours à la hauteur : les vaisseaux ont encore trop souvent l’aspect de boîtes de conserve avec un bec bunsen collé au derrière.

Mais venons-en donc au propos du film. L’ambiance est, comme il se doit, lourde à souhait. Nul ne sait qui est qui, et alors même qu’il ne se pose aucun problème, tous, les uns après les autres, vont chercher à discuter avec le capitaine. On ira ainsi du simple délateur (« je pense que ‘machin’ est un robot ») à l’androïde qui, de lui-même, va avouer sa condition, tout en se livrant à une véritable confession sur ses espoirs, ses convictions personnelles. Et c’est là qu’on touche au vif du sujet. Les androïdes, physiquement supérieurs à l’homme, ont atteint le stade de la conscience. Et donc obligatoirement, l’un d’eux, anonymement, va chercher à montrer sa supériorité sur son créateur.

1374950089Ces idées peuvent sembler galvaudées de nos jours, mais il faut se souvenir que ce film est sorti en 1979, avant Blade Runner de Ridley Scott, avant la série des Ghost in the Shell de Mamoru Oshii. Et on remarquera d’ailleurs que l’androïde « défectueux » se fait arracher les mains en cherchant à se retenir à un engin lors d’une violente phase d’accélération.

3822374617Cet arrachage de mains, plutôt symbolique, est précisément ce qui arrive à Motoko Kusanagi lorsqu’elle cherche à ouvrir le tank dans Ghost in the Shell I, et le motif sera répété dans Ghost in the Shell II. Est-ce finalement un hasard si plus tard, Oshii, qu’on sait doté d’une grande culture cinématographique, a tourné Avalon en Pologne ?

Film très inégal, Le Test du pilote Pirx contient finalement un assez grand nombre de bonnes idées, suffisamment pour être encore visible de nos jours. Il est actuellement disponible en russe, en DVD, dans la collection « Tallinfilm » de chez Ruscico, hélas sans aucuns sous-titres. On trouve toutefois aisément des sous-titres anglais sur internet.

NB : pour les amateurs, la musique est signée Arvo Pärt.

Andreï Oudot – Exaella (2011)

2485343918Encore un anime russe. Pour être plus précis, il s’agit d’une coproduction russo-japonaise, même si le principal maître d’œuvre est Andreï Oudot (devenu à l’international Andrew Oudot) : celui-ci est en effet producteur, réalisateur, scénariste, designer et compositeur d’Exaella (Эксэлла, 2011). Mais comme il lui aurait été quasi-impossible de faire aboutir un projet dans ce type, c’est au Japon qu’il est donc allé chercher un co-producteur, Denisu Isakawa, qui a au passage signé le design des personnages. Notons dès maintenant que pour l’un comme pour l’autre, il s’agit d’un premier film.

Résumer Exaella est difficile. Nous sommes dans une cité gigantesque, mais morte. Ou presque. D’un caisson sort une jeune femme aux cheveux gris, connectée à des câbles dont elle se sépare rapidement. Elle erre dans la cité, tentant de communiquer avec ce qui semble être un programme de gestion. Mais la cité est quasi vide d’énergie, et la remettre en marche s’avère difficile. La jeune femme finit par croiser une petite fille vêtue d’un costume de bouffon. Ensemble, elles vont tâcher de comprendre. Mais des robots les prennent en chasse, ainsi qu’un mystérieux soldat qui tout en la poursuivant doit lui-même se battre contre les androïdes.

Exaella est assurément une œuvre difficile d’approche. Il faut en effet accepter de rester pas loin de quarante minutes sans rien comprendre, de se laisser immerger dans une ambiance noire, crépusculaire, sans vie. Seules quelques rares teintes colorées viennent rappeler qu’il ne s’agit pas d’un film en noir et blanc. De plus, Oudot prend son temps et ne livre donc les informations qu’au compte-gouttes. Nous devons partir du fait que nous sommes déjà sensés tout savoir sur le contexte. Évidemment certains trouveront cela soporifique, d’autres, donc nous, trouveront le résultat plutôt fascinant.

Pour autant le film n’est pas sans défauts : nous l’avons dit, il s’agit d’un premier essai. L’image se présente comme un savant mélange de 3D et de 2D traditionnelle qui semble manifestement s’appuyer sur de la rotoscopie : cependant les personnages ont souvent une démarche saccadée, peu naturelle. De même, si bien des questions obtiennent des réponses au final, certaines, pourtant importantes, restent en plan. Enfin, certaines influences sont parfois par trop sensibles : Ergo Proxy pour l’ambiance générale, Battlestar Galactica pour l’aspect des robots, etc. Peut mieux faire, donc, mais le duo Oudot / Isakawa en a visiblement les moyens et il reste à espérer qu’ils récidiveront, car Exaella mérite indiscutablement le détour.

Comme de bien entendu, le film est totalement indisponible en France de façon officielle.

 

Anton Megerdichev – Dark Fantasy (2010)

3301070153Marina Leonova est étudiante. Dépressive, habillée façon gothique et amatrice d’ésotérisme, elle en pince pour un de ses camarades, un bellâtre qui lui préfère une blonde tout ce qu’il y a de plus superficielle. Avec tout un groupe de la même faculté, ils partent avec leur professeur dans le nord de la Russie, en mission ethnologique, pour étudier les formules magiques qui pourraient encore y être en usage.

Un temps hébergé par une grand-mère qui a tout d’une sorcière, ils se retrouvent séparés quand le bellâtre en question tente malgré tout de séduire Marina, qui s’enfuit en compagnie de la grosse tête de la classe, Kostia. Ensemble, ils pénètrent dans l’église en ruine d’un village abandonné, et trouvent dans un souterrain le corps d’une sorcière momifiée tenant un bouclier.

174910824C’est en cherchant à prendre ce bouclier orné d’un labyrinthe que Marina entre en contact avec la momie et tombe dans l’inconscience. Les secours sont appelés, mais en lieu et place des services d’urgence, ce sont d’étranges paramilitaires qui arrivent en hélicoptère.

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Le bellâtre en question et sa blonde

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Ceci n’est pas une scène de Xena, mais bien une photo de sorcières russes

Vous l’aurez compris, Dark Fantasy (en russe Темный мир в 3DLe Monde des ténèbres en 3D), film d’Anton Megerdichev paru en 2010 et sorti ces dernières semaines directement en DVD en France, commence comme un simple slasher, un de ces films d’horreur où l’on massacre à tours de bras des adolescents qui se sont aventurés bêtement là où il ne fallait pas. Pourtant, très vite, Dark Fantasy s’écarte de ce modèle en insérant son histoire dans le cadre d’une antique lutte entre sorciers (en russe колдуны / kolduny) et sorcières (ведьмы / ved’my), les sorciers s’étant acoquinés avec une entité venue il y a plus d’un millénaire de l’espace. Marina, de par son contact avec la momie va devenir elle-même une sorcière et combattre Aleksandr, le chef des paramilitaires, lequel est le fils d’un puissant sorcier vaincu il y a des siècles par la reine de ses adversaires. Et là, le film bascule tout simplement dans le film de fantasy chinois, avec combat au sabre et à l’arc dans les airs.

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Bela Lugosi’s not dead

Dit comme cela, le film a l’air décidément très bête, d’autant plus que les acteurs sont souvent médiocres (on retiendra toutefois Serguei Ougryoumov, le grand méchant increvable, qui semble la réincarnation parfaite de Bela Lugosi), que la mise en scène n’a rien de particulièrement remarquable : elle est juste efficace. Mais Megerdichev n’a pas la prétention d’égaler Tarkovski et son film n’a pas pour vocation d’être classé art et essai. Dark Fantasy est un film de pure détente. Son scénario s’avère au final pas si mal troussé que ça et assume jusqu’au bout, de façon logique, son caractère improbable et grotesque. Bref, clairement Dark Fantasy ne méritait pas une diffusion en salle, mais sa sortie en DVD en fait le parfait candidat pour une heure trente de détente avec biscuits, chocolat et boissons à portée de main.

À voir ici la bande annonce russe, qui montre bien ce qu’est ce film (la bande annonce française ne faisant que résumer le début).