Hermann Zschoche – Eolomea (1972)

Du cinéma de science-fiction est-allemand, je ne connaissais jusqu’ici que Dans la poussière des étoiles (Im Staub der Sterne), improbable planet opera kitschissime, avec dictateur de pacotilles et danseuses nues. Je vous en colle une image, histoire de vous montrer à quoi cette étonnante chose peut ressembler :

Eolomea 1

Mais comme en matière de cinéma de SF ancien, je n’ai pas vraiment froid aux yeux, j’ai voulu tester Eolomea, film de Hermann Zschoche sorti en 1972. Certes, les deux films ne naviguent pas dans les mêmes eaux. Eolomea est clairement une superproduction, internationale qui plus est, avec la participation de plusieurs pays de l’ex-bloc soviétique. Ainsi l’URSS est présente avec le grand acteur Vsevolod Sanaiev, ainsi qu’avec Boris Travkine (Ilya Mouromets, L’Arc-en-Ciel lunaire, Soy Cuba, entre autres) aux effets spéciaux. Plein de beau monde, donc. Mais de quoi est-il question ?

Eolomea 1

Dans un futur proche, l’humanité a essaimé sur la Lune et sur quelques astéroïdes, où elle entretient des bases dont la plus importante est Margot. Mais voilà que Margot signale la mystérieuse disparition, coup sur coup, de huit astronefs. Et personne ne semble savoir où ils ont pu disparaître, sans laisser la moindre trace. Seul le professeur Oli Tal (Rolf Hoppe) ose avancer l’hypothèse de particules d’antimatière, sans que personne ne le croie. Aussi le conseil international chargé de gérer l’exploration spatiale, avec à sa tête Maria Scholl (Cox Habbema) décide-t-il de stopper net tout déplacement de vaisseau jusqu’à ce qu’on en sache plus. Maria Scholl se doute d’ailleurs que Oli Tal en sait plus qu’il ne veut bien le dire : lorsqu’elle lui apprend que sa fille se trouvait sur le dernier vaisseau disparu, Tal ne semble pas en être troublé outre mesure… Scholl enquête rapidement et découvre que par le passé, Tal a été littéralement humiliée, ainsi qu’un autre scientifique nommé Pierre Brodsky (Petar Slabakov) après avoir annoncé la découverte d’un possible signal extraterrestre qu’ils ont nommé « Eolomea ».

Eolomea 2

Si si, c’est bien la directrice de l’agence spatiale mondiale… le temps d’un bal costumé

Eolomea a bien des défauts. Zschoche ne jouit pas d’un immense talent (le comparer à Tarkovski ou à Kubrick comme le fait la jaquette du DVD est un brin exagéré), et l’on trouve régulièrement quelques défauts de montage assez visibles. Mais les acteurs sont vraiment bons, à commencer par la belle Cox Habbema dans un rôle surprenant pour l’époque : une jeune femme qui dirige une organisation mondiale !; mais aussi Ivan Andonov et bien sûr Vsevolod Sanaiev, tous deux parfaits en astronautes désabusés et portés sur l’alcool. Et ce qui compte surtout est la qualité du scénario, particulièrement original, ainsi que le soin qui a été apporté à sa contextualisation. Le film est clairement crédible. Il n’y a nulle exagération, nulle surenchère dans ce futur proche, pacifié, décrit en détail non pas de façon directe et lourde, mais par petites touches, dans les conversations, dans les décors.

Eolomea 3

Le robot a un bras cassé, et est un bras cassé 

Certes, on y trouve sans doute le robot le plus idiot de tout le cinéma de SF – avec une allusion lourde aux lois d’Asimov -, mais à côté de cela, des personnages attachants, vivants, profonds.

Et puis il y a ce final, avec ce propos ouvertement optimiste, réjouissant, qui invite les scientifiques à sortir de leur torpeur, à faire preuve d’audace. Eolomea est un film qui fait du bien, et cela tranche franchement avec l’idée que l’on se fait d’une RDA grise et tristounette. Propagande, me direz-vous ? Oui, mais pas pour un régime politique, car tout propos idéologique est soigneusement évité, et cela évite ainsi au film de vieillir. 

Eolomea 4

S’il avait été tourné en Occident, il ne fait nul doute qu’Eolomea aurait été considéré depuis longtemps comme un petit classique de la SF, comme peut l’être son strict contemporain Silent Running de Douglas Trumbull.

Eolomea n’est pas disponible en France. Il est possible de s’en procurer une version remasterisée et avec sous-titres en anglais éditée par First Run Features, soit à l’unité, soit dans un coffret intitulé The DEFA Sci-Fi Collection, qui contient aussi Dans la poussière des étoiles et L’étoile silencieuse. L’ensemble ne coûte d’ailleurs pas très cher et peut se commander aisément.

Eolomea jaquette

Cette critique a été initialement publiée sur Palabres éclectiques.

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