Andreï Malyoukov – Nous sommes du futur (2008)

2437060497Ils sont quatre jeunes hommes, habitant Saint-Pétersbourg de nos jours : Sergueï, ancien étudiant en histoire, surnommé Bormann ; Vitali, alias Tchoura, un geek timide mais imbattable aux jeux vidéo de guerre ; Andreï, alias Alcool, rappeur à dreadlocks, ami d’enfance de Bormann ; et enfin Oleg, alias Crâne, un skinhead néonazi.

Ensemble, ils pillent à l’aide de détecteurs de métaux les anciens champs de bataille autour de la ville, qui fut assiégée durant quasiment toute la Seconde Guerre mondiale. Ils revendent sans aucuns scrupules leurs trouvailles – médailles, insignes, armes – à des trafiquants. Puis ils retournent sur les lieux de leurs fouilles clandestines, un champ de bataille retourné depuis longtemps à la nature. Là, ils font une découverte importante : une ancienne casemate en bois, totalement enterrée.

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À l’intérieur : cinq squelettes, quatre soldats et une infirmière. Et du matériel intact ou presque, dont une cantine militaire fermée. En sortant de là, ils sont abordés par une vieille femme qui les prend pour des envoyés du gouvernement venus exhumer les morts et leur donner une sépulture décente. Eux n’osent rien dire quand elle leur demande de chercher son fils tué ici même. Ils en rigolent même, et face à cela, la vieille femme leur conseille d’aller se rafraîchir au lac d’à côté avant de partir. Les quatre, tout fiers de leur trouvaille, se saoulent à la vodka tandis que Bormann ouvre la cantine : dedans, des pièces d’identité portant leur photo. Choqués, ils croient que la vodka est frelatée, et pour en avoir le cœur net, ils se décident à prendre un bain dans les eaux fraîches du lac. Mais lorsqu’ils en ressortent, il fait nuit et les bombes pleuvent : ils se retrouvent en fait en 1942, en pleine bataille… Commence alors leur cauchemar.

Nous sommes du futur (Мы из будущего, 2008), n’est pas un grand film. Même si son réalisateur, Andreï Malyoukov, a du métier (il a commencé en 1971), il reste quelques petits défauts : un certain manque d’ambition dans la photographie, quelques faux raccords. Pourtant, il s’agit là d’un film qui marque. Le propos est extrêmement simple : il s’agit de fustiger tous ceux qui ont la mémoire courte et se disent nostalgiques, du nazisme, au premier abord, avec le personnage de Crâne, mais aussi du stalinisme. Car c’est absolument sans la moindre transition que nos quatre « héros » se retrouvent, totalement nus, sous un déluge de feu, capturés par des Soviétiques qui se demandent d’où ils sortent, et donc surveillés par un officier politique tout en étant contraints d’aller combattre les Allemands. Cette invasion allemande est bien sûr ce qui est mis sur le devant de la scène, et l’on sait combien Leningrad eut à souffrir du siège, qui fit en tout plus d’1,8 millions de morts du côté soviétique et 200 000 de celui de l’Axe. Mais en même temps on nous montre une armée soviétique sans moyens, aux soldats déguenillés, mal armés, dont les officiers valables sont placés sous la coupe des idéologues.

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À tous on leur demande de charger pour le pays et pour Staline, mais ils y vont dans un « hourrah » crispé, la peur au ventre, sachant que peu d’entre eux en reviendront vivant. Et l’on a peur pour eux, quand les chars de leur propre armée passent par-dessus leurs tranchées, on a peur pour ces infirmières en jupe qui rampent sous les bombes d’un corps à l’autre, vérifiant qui peut être sauvé et qui est perdu. On a peur pour nos quatre pieds nickelés qui se retrouvent à creuser des tombes qu’ils pilleront bien des décennies plus tard…

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Les scènes de combat, même si elles innovent peu visuellement, forment un tout avec le propos et en acquièrent d’autant plus de force : on y voit quatre jeunes hommes « modernes », anciennement hâbleurs, qui s’effondrent littéralement, assommés par la peur avant malgré tout de devoir apprendre à tuer, ne serait-ce que pour sauver leur vie.

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Malgré ses maladresses, malgré son tout petit budget (5 millions de dollars), Nous sommes du futur est une vraie réussite car il repose sur un scénario intelligent, permettant de mettre autant en valeur une histoire de voyage temporel bien troussée que des parcours personnels bien construits servis par des acteurs de très bonne tenue. Un film qui est donc tout sauf un film gratuit à grand spectacle. Son propos, moral mais non idéologique, mériterait d’ailleurs d’être porté dans n’importe quel pays, et non seulement la Russie.

Pour voir la bande-annonce :

Notes :

Nous avons vu ce film en version courte, mais une version allongée de 45min destinée à la télévision a aussi été diffusée.

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